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Préambule
: Jansénisme et mémoire collective
Le jansénisme, aujourd'hui,
n'éveille que quelques souvenirs scolaires, brouillés et ennuyés. Suscite-t-il
des échos dans l'histoire des religions qui commence à être revisitée
? Pourtant, il n'est pas présomptueux de demander à une société passionnée
par la connaissance du passé quand a paru dans son bulletin le dernier
article relatif au jansénisme. Il remonte à avril 1997 et avait traité
du "tombeau des jansénistes au Crêt de Roc", en présentant un
article paru dans les Cahiers d'Histoire des universités de Lyon,
Saint-Etienne, Grenoble et Chambéry sous la signature de Jean-Pierre Michel-Chantin.
Diapo n° 1 - Le tombeau
des Jansénistes (vue générale) 
Vous voyez ici un monument
en style de temple grec soutenu par des colonnes jumelles et fermé sur
trois côtés. Jusqu'en 1914, sans murs latéraux, l'édifice laissait s'éteindre
les cierges de dévotion. Situé dans l'îlot n° 4, à trente mètres de l'entrée
du cimetière, il contient les corps
Diapo n° 2 - Rocher -
Popin 
d'Alexandre Rocher, mort
en 1821, du père Antoine Popin, prêtre aussi de l'Oratoire, mort en 1823
et non en 1821,
Diapo n° 3 - Popin - Blachon
- Poissy
le corps du prêtre-sociétaire
de la Charité de Saint-Etienne, Antoine Blachon, mort en 1830, le père
Jean Georges, dit Poissy, mort en 1833, Marguerite Mirandon, morte en
1842, directrice de l'Ecole des sourds-muets. Trois autres noms de jansénistes
n'ont pas été réinscrits lors de la première réfection en 1885 : Philibert
Déromas, neveu de Poissy, Mademoiselle Robert de la Tourette, Marguerite
Meynard de Saint-Victor-sur-Loire. Ce qui unit ces huit personnes, c'est
leur attachement au jansénisme et elles ont toutes servi "La Maison
des Jansénistes" ou l'Ecole des sourds-muets qui lui a succédé ;
ils ont résidé dans leurs bâtiments, rue Tarentaize, à Saint-Etienne,
entre 1804 et 1842. Jean-Pierre Michel-Chantin, auteur de l'article "Culture
populaire et mémoire sélective : le "Tombeau des Jansénistes à Saint-Etienne"
se demande pourquoi ce lieu cultuel n'est dévolu qu'au père Popin comme
l'attestent les ex-voto. Connaît-on encore "l'engagement spirituel
du père Popin ?" peut-on se demander avec Michel-Chantin.
Diapo n° 4 - Remerciements
au père Popin
Quelle relation les visiteurs
de cette tombe entretiennent avec le jansénisme ou son souvenir ? Lorsqu'on
les interroge sur place, ils sont capables de vous orienter si on leur
demande la tombe du père Popin, mais pas quand on les consulte sur l'emplacement
du "Tombeau des jansénistes". Le jansénisme en Forez avait pourtant
touché le clergé régulier (regulus = règle), c'est-à-dire Popin, Poissy,
Rocher, les trois anciens oratoriens de Notre-Dame-de-Grâce, un prêtre
séculier (seculus = qui vit dans le siècle), Blachon, et trois laïcs,
adeptes du jansénisme populaire.

Et dans les journaux parle-t-on
encore de jansénisme ? Seulement, à l'occasion d'un événement exceptionnel,
comme lors de la sortie de la thèse de Catherine Maire ; "De la
cause de Dieu à la cause de la nation. Le jansénisme au XVIIIe siècle",
dans "L'Express " du 26 mars 1998. Surtout, un article
sur le jansénisme régional a paru dans un journal national "Le
Monde" des 11 et 12 février 1996. Le travail du même spécialiste
Michel-Chantin, auteur d'une thèse en 1994 sur la permanence du jansénisme
convulsionnaire, a visiblement inspiré cet article, "Trois filles
de Port-Royal", avec un sous-titre explicité : "Dans
le Forez et à Lyon, des jansénistes et des convulsionnaires continuent
à observer leur religion sans l'absolution du Vatican". Les trois
filles de Port-Royal, en l'occurrence, ont le visage des fareinistes,
des jansénistes de Fareins, bourgade à quelques kilomètres au nord est
de Villefranche-sur-Rhône. Adeptes du curé de cette paroisse en 1787,
François Bonjour, ils sont appelés encore "bonjouristes" ou
"margouillistes" ; leur dernier disciple s'est éteint en 1968.
Second rameau : à Lyon, il resterait trois cents descendants des "Amis
de la vérité" auxquels on associe l'appellation de "Petite Eglise
de Lyon". Dernière branche : les béguins de Saint-Jean-Bonnefonds,
près de Saint-Etienne et établis au hameau du Petit-Culty. Leur nombre
actuel demeure une source de conjectures : sont-ils plus ou moins de quarante
? Ils se déclarent catholiques apostoliques non romains. On les rattache
à la "Petite Eglise du Forez". La mention d'une église séparée,
fractionnelle, ne convient pas à des jansénistes qui pensent que leur
religion relève de l'Eglise universelle.
Autre prospection : connaissez-vous
le dernier livre paru sur le jansénisme dans le Lyonnais ? Il s'agit d'une
biographie du curé janséniste de Lacenas, à cinq kilomètres à l'ouest
de Villefranche, Claude Germain, qui vécut de 1750 à 1831. Il est l'oeuvre
de l'autre spécialiste du jansénisme régional, Yves Krumenacker, professeur
aussi à Lyon III. Le titre principal de l'ouvrage paru en 1998, "Du
jansénisme à la secte", peut susciter la polémique... que dissipe
d'entrée l'auteur. Refusant de s'avancer sur un terrain piégé, il rejette
toute comparaison avec le phénomène actuel des sectes, "entreprises
souvent douteuses de déstructuration des personnalités". Le mot
secte, appliqué à ce jansénisme du XIXe siècle, doit être pris dans son
sens sociologique, cest-à-dire de "groupe dissident séparé de
l'église établie". Ainsi, Y. Krumenacker n'a pas à préciser sa
conception d'église ou l'idée de transcendance d'un Dieu se situant au-delà
de tout univers sensible.
Enfin, dernier test, quelle
rencontre spontanée avez-vous fait du mot "jansénisme", "janséniste"
au cours de vos lectures récentes et non spécialisées ? Pour notre part,
nous l'avons trouvé attaché au portrait de Marie-George Buffet, ministre
des sports, sans doute à cause de la lutte purificatrice qu'elle conduit
contre le dopage et de la volonté inflexible qu'elle met au service de
sa cause.
Ce petit tour d'horizon sur
des fragments de la mémoire collective janséniste suffit à montrer combien
le jansénisme est une histoire embrouillée, comme disait Benoît Laurent.
Je rappelle que son ouvrage sur le jansénisme de notre propre région,
"L'Eglise janséniste du Forez", consulté et cité comme
la bible en matière d'histoire révélée, date de 1942 et fait figure d'incunable
puisqu'il n'est plus publié et quasiment introuvable dans le commerce.
Louis Cognet, qui a écrit "Le jansénisme" dans la collection
"Que sais-je ?" jugeait qu'il n'avait pas de contenu
intellectuel précis. D'autres pensaient que c'est une invention des historiens
ou des adversaires de jansénistes, en particulier des jésuites. Madame
Sévigné se rangeait à ce dernier avis. Et les grands jansénistes eux-mêmes
ont nié la réalité du jansénisme : A. Arnauld affectait de discourir du
"phantôme du jansénisme", Nicole a écrit des "Lettres
sur l'hérésie imaginaire". François Jacquemont, considéré comme
le chef de l'Eglise janséniste du Forez, reprendra la première formule.
Pourquoi est-il si difficile de définir le jansénisme ? Il a des configurations
diverses selon les époques : jansénisme théologique, jansénisme politique
et parlementaire, jansénisme populaire. Le jansénisme a pris aussi des
aspects différents selon les mentalités locales : le jansénisme des béguins
n'est pas celui des "Amis de la vérité" de Lyon. On ne peut
même déclarer telle ville janséniste ou hostile au jansénisme : en 1820,
Saint-Etienne était favorable à la "sainte doctrine" si l'on
s'en réfère à la Maison des jansénistes ; un siècle plus tôt, la ville
ou du moins son archiprêtre menait un combat intransigeant contre les
jansénistes. A l'image de la diversité des jansénistes composant le tombeau
du Crêt de Roc, nous étudierons ces différentes catégories de partisans
de Jansénius : réguliers, séculiers, laïcs ou, plus significativement,
comment le jansénisme s'est propagé du couvent au presbytère et du presbytère
à la rue. Nous aurons garde de nous appuyer constamment sur l'articulation
évolution nationale / physionomie locale des phénomènes jansénistes pour
dégager dans le Forez ses continuités et ses spécificités par rapport
à l'histoire parisienne. A cet effet, il est nécessaire de dresser une
dizaine de tableaux.
Tableau n° I :
Le jansénisme théologique : La théologie de la
grâce et du salut
Diapo n° 5 - Christ dit
"Christ janséniste" 
C'est la photo d'un christ
dit "christ janséniste", exposé au Musée hospitalier de Charlieu
(Loire). Nous remercions son conservateur, Madame Miguet, qui nous a autorisé
à la reproduire. En fait, ce christ du XIIIe siècle ne date pas de la
période du jansénisme ; il ne provient même pas d'une communauté janséniste,
les soeurs de Sainte Marthe. On a appliqué à ce christ en ivoire une symbolique
janséniste. Pourquoi ? Parce qu'avec ses bras dressés, fixés très haut,
il représente les exigences d'un choix des élus restreint, une image de
la prédestination. Par cette attitude qui récuse un accueil ouvert à la
multitude, par son masque de souffrance, ce christ incarne la rigueur
d'un Dieu de justice. Aussi, pour comprendre le jansénisme à sa naissance,
il faut poser à côté de ce christ des élus le livre de Jansen qui va déclencher
toute la querelle, l'Augustinus. En 1640, paraît l'ouvrage de Jansen
dont on a retenu le nom latinisé de Jansénius. Mort de la peste en 1638,
il a préparé une étude développée des fondements de la grâce et de la
prédestination tels que les avait posés saint Augustin, l'évêque d'Hippone
(354-430). Toute la flamme, la foi, la force du jansénisme reposent sur
cet espoir en la grâce, sur l'accord de ce don de Dieu. La nature humaine,
viciée par le péché originel, déchue, ne peut se relever seule ; faible,
elle ne peut se sauver sans la grâce divine. Les Confessions que
Saint Augustin a écrit vers 397-398 mettent en relief ce rôle majeur,
incoercible de la grâce. Plus encore que des aveux, que la narration d'un
passé lourd de fautes, c'est une longue prière de gratitude et de louange
adressée au Dieu miséricordieux.
Ce débat sur la grâce était
antérieur au livre de Jansénius. Après le concile de Trente et dès les
années 1570-1580, eurent lieu des débats sur les rapports de la grâce
de Dieu et du libre-arbitre de l'homme. En particulier, les jésuites dont
Molina - ses partisans prirent logiquement le nom de molinistes - aviveront
la querelle. C'est Baïus qui l'avait ouverte. Les jésuites soutiennent
que l'on peut faire le bien avec ses seules forces naturelles, mais pour
orienter ses actes dans le sens du salut, il faut le secours de la grâce
de Dieu : c'est ce qu'on appelle la grâce suffisante. La grâce suffisante
ne suffit pas justement pour les jansénistes. Il faut à la nature humaine
déchue la grâce efficace à laquelle elle ne peut résister intérieurement.
La grâce divine est une grâce de libération et de rédemption qui soumet
l'homme à la puissance de Dieu en le rachetant. La grâce passe dans la
volonté, y fait régner l'amour de Dieu à la place de l'amour de soi, elle
incline le coeur vers une délectation purement spirituelle et donc sainte
et lui fait faire tout ce que Dieu veut. C'est dans ce sens qu'il faut
recevoir les paroles de saint Augustin : "Aimez Dieu et vous pourrez
faire tout ce que vous voulez".
Autre caractéristique de
la grâce : c'est un don libre, gratuit de Dieu. On ne l'obtient pas d'après
ses mérites, ses bonnes oeuvres, la force de sa volonté. Il faut se préparer
intérieurement à la recevoir. Mais la grâce n'est pas donnée à tous, par
exemple aux enfants morts sans être baptisés. L'attribution de la grâce
divine s'accompagne donc nécessairement des rigueurs ou, comme l'on voudra,
des effets salvifiques, rédempteurs de la prédestination.
Question cruciale : s'il
y a prédestination dans le salut, peut-on être voué à la damnation ? François
Jacquemont, qui sera privé de cure pendant trente-deux ans, débat de cela
et de toutes les questions sur le salut avec son successeur, Barou, curé
de Saint-Médard-en-Forez. Chacun des deux correspondants épistolaires,
amène l'autre dans ses derniers retranchements, en poussant le point de
vue de son contradicteur jusqu'à la limite de la caricature. Monsieur
Barou rappelle à Jacquemont que "personne n'est prédestiné à la
damnation et que notre perte vient de nous". Dans un autre échange,
Jacquemont lui demande : "Qu'est-ce-qui vous permet de croire
que notre salut n'est pas dans les mains de Dieu ?" En 1786,
Jean-Baptiste François Bénevent, clerc tonsuré de Saint-Etienne, dans
une thèse théologique soutenue à Lyon devant un dominicain janséniste,
le Père Caussanel, considère que "les enfants <non baptisés>
sont damnés par le seul péché originel". Un journal manuscrit
de Saint-Victor-sur-Loire, sans doute lu dans des réunions privées de
prières, partage en 1777 les options des premiers jansénistes : "Sans
son Dieu, la créature ne peut rien, elle se soumet à la volonté divine
et lui demande sans cesse d'être conduite et secourue". La pérennité
de ces controverses sur la nature de la grâce, sur la glorification de
la puissance salvatrice de Dieu, sur la réalité de la prédestination,
prouve que le débat janséniste demeure d'essence théologique, comme le
pensait Jean Delumeau. Débat souvent inconciliable, insoluble puisque
comme dans un système de vases communicants, exalter l'action de la grâce
divine revient à nier l'affirmation du libre-arbitre humain et inversement.
On ne peut que partager cette analyse de Françoise Hildesheimer.
Tableau n° II :
Condamnation des cinq propositions de Jansénius
Ces bases doctrinales posées,
il est plus facile de comprendre la condamnation des cinq propositions
de Jansénius, telles que "On ne résiste jamais à la grâce intérieure
dans l'état de nature déchue" (deuxième proposition) et "IL
y a erreur semi-pélagienne à dire que le Christ est mort et a versé son
sang pour tous les hommes " (cinquième proposition). Nicolas
Cornet, syndic de la Sorbonne chargé en quelque sorte d'examiner l'orthodoxie
des oeuvres, a demandé la condamnation de cinq propositions du livre de
Jansénius. C'est le résultat qui fut obtenu progressivement et entièrement
par une cascade de bulles : In eminenti (1642), Cum occasione
(1653), Ad sacram (1656) et Regiminis apostolici (1665).
En effet l'examen des erreurs de Jansénius se compliquait avec l'introduction
du point de vue du droit et du fait. La question du droit était de savoir
si ces propositions étaient bien erronées, la question de fait de juger
si elles avaient été bien formulées par l'évêque d'Ypres.
En 1661, Louis XIV, en arrivant
au pouvoir, reprend personnellement la lutte contre le jansénisme. La
signature du formulaire d'Alexandre VII qui correspond à l'esprit des
dernières bulles est prescrite. Le pouvoir va s'attaquer à un bastion
symbolique du jansénisme, Port-Royal, défendu par des théologiens comme
Arnauld et Nicole, anobli par des dévotes mondaines comme la princesse
de Guéméné, les marquises de Sablé et d'Aumont, les duchesses de Longueville,
de Luynes, de Liancourt, honoré par des "Solitaires" comme Saint-Cyran
(Duvergier de Hauranne), Lemaistre de Sacy. Un siècle après, les jansénistes
de Saint-Victor-sur-Loire honorent la mémoire de "la bienheureuse
Mère Angélique de Saint-Jean", nièce de la grande Angélique Arnauld
et supérieure de Port-Royal à la mort de celle-ci en 1661. En 1664, les
religieuses de Port-Royal sont privées de sacrement pour avoir revendiqué
la clause du fait. Elles signent en 1669 le formulaire. Leurs novices
sont expulsées dix ans plus tard ; l'abbaye dépérit. Louis XIV convaincu
que Port-Royal formait la base d'un parti d'opposition et d'autre part
mal conseillé par Madame de Maintenon, fait raser l'établissement en 1709
(Le père François d'Aix, La Chaise, né au château d'Aix, y était défavorable).
Les jansénistes, grâce à leur trésor, "la Boîte à Perrette",
rachèteront les ruines.
Tableau n° III :
La Fréquente communion
Vous avez entendu parler
par vos grands-parents, de membres de vos familles ou de voisins qui mettaient
un veto sinon à la communion privée, à la première communion, du moins
à sa célébration à un âge prématuré. Au XVIIIe siècle, la majorité des
enfants faisaient leur première communion entre douze et quatorze ans.
Les jansénistes préconisaient une communion tardive entre seize et dix-huit
ans, à l'âge mûr. Ces dispositions ne sont pas sans relation avec la pratique
de la communion par les jansénistes. Le titre "De la fréquente
communion" qui est celui de l'oeuvre la plus célèbre du grand
Arnauld (1643) contient une dimension critique envers les jésuites, plus
précisément envers le père De Sesmaisons qui avait autorisé Mme de Sablé
(ou Mme de Guiméné ?), sa pénitente, à aller au bal immédiatement après
la communion. Les jansénistes reprochent un tel laxisme aux jésuites.
Ils s'inspirent de la pratique dite des "renouvellements" qui
consiste à chasser "le vieil homme", à se dépouiller, comme
dit Jacquemont, de ses mauvais penchants. C'est une démarche que Saint-Cyran
avait mise au point avec les religieuses de Port-Royal. Il fallait non
seulement faire preuve d'une contrition sincère, mais changer d'attitude
réellement, fuir les mauvaises occasions, prier, entreprendre une purification
intérieure. La pratique eucharistique requiert des délais d'absolution
: dans un premier temps, le pénitent vient confesser ses fautes ; dans
un second temps, après une mise à l'épreuve qui varie selon chaque cas,
il revient demander et recevoir l'absolution. C'est ainsi que procède
le curé de Lacenas en 1780-1790. Jacques-Joseph Duguet, le célèbre oratorien
janséniste de Montbrison, jugeait que pour communier souvent, il fallait
mener "une vie bien évangélique". En 1733, dans un prêche
à la Grand'Eglise, le curé-archiprêtre Thévenet reproche aux jansénistes
"d'exiger trop d'épreuves et trop de perfection pour communier".
Le rigorisme sacramentaire des jansénistes est aussi l'occasion de souligner
l'une de leurs principales orientations, leur attachement à la première
Eglise. En effet, aux IVe et Ve siècles, les chrétiens se préparaient
à la communion par des pénitences de plusieurs jours. Même dans ses polémiques
fréquentes en 1655 - 1660 avec les protestants sur ce thème, Arnauld n'oubliait
pas d'invoquer la "Tradition de l'Eglise sur le sujet de la pénitence
et de l'Eucharistie". D'une façon générale, les jansénistes essayaient
de restaurer l'esprit des Pères de l'Eglise et la tradition de l'église
primitive.
Tableau n° IV :
Le premier jansénisme dans le Forez
Il n'existe aucune source
nous autorisant à affirmer que le jansénisme de Port-Royal a atteint en
Forez les ordres religieux et moins encore les paroisses et leur clergé.
Au contraire, les visites pastorales de l'archevêque de Lyon, Camille
de Neufville, entre 1658 et 1662, confirment l'orthodoxie du Forez. Cette
"région de solides traditions chrétiennes" avait déjà
donné satisfaction à Mgr de Marquemont lors de sa visite en 1614.
Le concile de Trente (1545
- 1563) avait favorisé l'image d'un clergé moralement plus digne ; à la
fin du XIVe siècle, un tiers des prêtres vivait en concubinage dans les
archiprêtrés de Montbrison et de Pommiers, un cinquième dans celui de
Saint-Etienne. Il reste au XVIIe siècle des curés ivrognes comme celui
de Saint-Genest-Lerpt, Jean Pauze, des curés souvent absents de leur paroisse
comme le curé d'Arthun, Forest, amateur de chasse. Surtout l'ignorance,
malgré l'activité des séminaires, demeure le fléau principal. Vers 1660,
les curés de Chambles et de Saint-Paul d'Uzore, qui ne savent pas lire
et n'entendent donc point le latin, sont renvoyés. Donc le clergé séculier
ne pouvait être que difficilement gagné par le jansénisme théologique.
Diapo n° 6 - Notre-Dame-de-Grâce
vue du carrefour de Vassalieu
Dans les ordres réguliers,
aucune brèche favorable au jansénisme ne semble s'ouvrir. Jean Soanen,
qui jouera un rôle de premier plan dans la deuxième phase du jansénisme,
dirige Notre-Dame-de-Grâce, près de Chambles, de 1666 à 1669. Il n'est
pas encore tenté par la doctrine de Jansénius et d'Arnauld ; il écrira
simplement au supérieur en 1726 que ses anciens confrères ont "souffert
pendant trois ans ses défauts".
Diapo n° 7 - Inscription
de Bossuet à Notre-Dame-de-Grâce
En 1662, Bossuet évoque l'esprit
tout à fait rassurant de l'ordre oratorien, aux obsèques du général François
Bourgoing : "Là une sainte liberté fait un saint engagement, on
obéit sans dépendre, on gouverne sans commander, toute l'autorité est
dans la douceur et le respect s'entretient sans le secours de la crainte".
Pour les oratoriens de Montbrison,
l'étude de leur bibliothèque, soit 932 titres déposés à La Diana, incite
à penser que la spiritualité du collège, dans les années 1630-1650, avait
été fortement influencée par l'esprit dévot qui exprimait son culte pour
l'Incarnation et son inspiration christocentrique. Le parti dévot auquel
adhéraient le fondateur de l'Oratoire, le cardinal Bérulle, Saint-Cyran,
Saint Vincent de Paul, mobilisait la haine de Richelieu.
Diapo n° 8 - Rue du cloître
de la Collégiale de Montbrison
Toutefois, au XIXe siècle,
un historien, le Père Vanel, signale qu'en 1665 le Père Cadot, oratorien
à Montbrison, avait été suspecté de jansénisme par les chanoines de Notre-Dame-d'Espérance,
c'est-à-dire de la collégiale, lesquels envoyèrent à l'officialité diocésaine
et à la Sorbonne quatorze propositions de Cadot qu'ils jugeaient hérétiques.
D'emblée, deux ordres écartent
tout compromis avec le jansénisme : les capucins et les jésuites. Les
capucins de Saint-Etienne ont enfermé comme livres interdits l'Augustinus,
des bibles, dites hérétiques, sans doute Le Nouveau Testament de Mons
de Lemaistre de Sacy. Les jésuites du couvent de Roanne, fondé par le
père Coton en 1614, confesseur d'Henri IV, possèdent deux cent livres
prohibés, "généralement faits par les Messieurs de Port-Royal".
Ces ouvrages voisinaient avec les oeuvres de Pétrone, Rabelais, Ovide,
Le Roman de la Rose, les Oeuvres du Ministre Dumoulin, Le Nouveau
Testament par Erasme.
Le Forez n'est pas touché
encore par le jansénisme. Mais la cause janséniste a déjà ses doctrinaires
et ses victimes qu'on célébrera aux XVIIIe et XIXe siècles. Ainsi le livre
manuscrit de prières de Saint-Victor-sur-Loire porte des litanies adressées
à "Saint Jansénius, Saint Arnauld, Saint Jean de Hauranne, Saci"
et à "tous les saints de Port-Royal". Remarque constante : le
jansénisme prend racine dans le sillage du concile de Trente ; il ne naît
pas spontanément. Sur le plan doctrinal, le concile, par opposition aux
thèses protestantes, avait examiné la question de la justification du
chrétien par la foi ou les bonnes oeuvres. On voit quelle voie ont suivie
les jansénistes.
Tableau n° V :
La bulle Unigenitus et l'exil de Soanen
Bien d'autres luttes d'opinion
eurent lieu entre les jansénistes gallicans, partisans de l'autonomie
de l'Eglise de France, et les jésuites, ultramontains, dépendant directement
de l'autorité romaine. Mais l'axe sensible de la querelle entre jansénistes
et non-jansénistes demeure l'opposition doctrinale sur le caractère de
la grâce, avec un débat sur "le silence respectueux envers le fait
de Jansénius" dans les années 1703-1710. Dans ces années, ce sont
les critiques adressées à l'ouvrage de Pasquier Quesnel, "Les
Réflexions morales sur le Nouveau Testament" et les atermoiements
de l'archevêque de Paris, Louis-Antoine de Noailles, qui amènent Louis
XIV à demander à Clément XI une bulle de condamnation. Le pape qui prévoyait
que cette bulle entraînerait beaucoup de divisions en France finit par
la signer le 8 septembre 1713. Louis XIV reçut la bulle Unigenitus
Dei Filius à Fontainebleau au matin du 25 septembre avec le soulagement
de sa confiance dans son application. Dès sa réception, le chancelier
de France, d'Aguesseau, prédit que la Constitution Unigenitus serait
le chemin de croix non seulement des théologiens, mais aussi des monarques.
Elle condamnait cent une propositions des Réflexions morales. Pas
moins de vingt-deux adjectifs, "hérétiques, schismatiques, impies,
malsonnantes... dénoncent les propositions de Quesnel sur la grâce
irrésistible, la prédestination, les deux amours. Or dès 1671, Quesnel
avait publié l'essentiel de cet ouvrage sans éveiller les critiques. Le
Roy Ladurie précise dans Saint-Simon ou le système de la Cour que
le Père La Chaise, confesseur de sa Majesté et mort en 1709, avait toujours
sur sa table les Réflexions de Quesnel. La bulle a restitué en
principe textuellement les propositions de Quesnel pour ne pas encourir
de réserves sur le fait.
Le nouvel archevêque de Lyon,
François de Neuville, donne en 1715 un mandement préventif qui défend
aux fidèles "de parler, d'enseigner, d'écrire" sur les
cent une propositions condamnées. Mais son second mandement, donné à Saint-Etienne
le 24 septembre 1718, prend un ton menaçant, interdisant d'interjeter
appel de la bulle, c'est-à-dire de demander la réunion d'un futur concile.
En effet, entre temps, le 5 mars 1717, quatre évêques, les évêques de
Sénez, Montpellier, Mirepoix, Boulogne, ont déposé à la Sorbonne un acte
notarié par lequel ils appellent de la bulle Unigenitus en réclamant
un concile général. L'évêque de Sénez, Jean Soanen, ancien professeur
à Notre-Dame-de-Grâce, conduit la fronde. Celle-ci, en application des
Quatre-Articles de 1682, exige que le concile, composé d'évêques et de
théologiens, décide de cette question de doctrine et de discipline. Une
lettre de cachet relègue quatre opposants dans leurs diocèses. Environ,
cent douze évêques acceptent la bulle, une quinzaine la refuse.
En 1726, Soanen prend à parti
les évêques acceptants dans une instruction pastorale. Le cardinal Fleury
s'indigne ; un concile provincial est tenu à Embrun le 16 août 1727. Soanen
est condamné et exilé par lettre de cachet à La Chaise-Dieu à l'âge de
quatre-vingts ans. Il y arrive sans avoir eu le temps de visiter ses amis
de l'Oratoire de Montbrison et de s'en excuser par lettre, "devant
se rendre sans retardement aux ordres du Roi". Il s'adonne à
une activité dévorante, correspond avec l'évêque de Clermont, Massillon,
ancien professeur au collège oratorien de Montbrison, fonde une maison
de charité, dort cinq heures par nuit. De son "affreux désert"
comme il l'appelle, il écrit aux oratoriens de Notre Dame de Grâce et
de Montbrison. L'autorité épiscopale de Lyon enquêtera sur les visites
qui lui sont rendues pour dissuader en particulier le clergé régulier
de subir son influence doctrinale et les effets de sa détermination personnelle.
Soanen meurt à quatre-vingt-quatorze ans le 25 décembre 1740. Les jansénistes
de Saint-Victor placeront la célébration de Noël sous son patronage. L'historien,
Pierre Gaxotte, jugera l'exilé de La Chaise-Dieu "comme un vieillard
entêté et batailleur, qui n'avait pour lui que d'être un saint".
Ses amis, par contre, loueront son inflexibilité comme le signe de la
justesse de sa cause, sa rectitude morale, son ardeur apologétique.
Tableau n° VI :
Les ordres religieux en Forez face à la bulle
Capucins et jésuites, nous
l'avons vu, suivent sans réserve l'Eglise et approuvent la bulle, en engageant
le combat contre ces opposants comme le capucin, Paul de Lyon. Définiteur
provincial, chargé de fixer les orientations doctrinales, Paul de Lyon
exercera un véritable magistère moral et intellectuel sur son ordre dans
la région. Il proposera même de soustraire les jansénistes à toute juridiction
spirituelle, en somme l'éviction de ceux qu'il appelle "les nouveaux
hérétiques". Des chartreux de province dont des bénédictins de
Saint-Maur, les joséphistes de Lyon, les pères de la Doctrine de la Foi,
une fraction des dominicains et une partie notable des oratoriens s'opposent
à la signature de la bulle demandée par Philippe d'Orléans en 1722. En
fait, il y a trois sortes d'attitudes : les signataires de la bulle et
du formulaire, les acceptants ; ceux qui refusent de signer ; ceux qui
poussent leur rejet jusqu'à faire appel de la bulle et essaient de la
faire rapporter, c'est-à-dire les appelants. Deux prêtres oratoriens sur
cinq signent les appels de 1717 et 1718 ; un sur cinq apporte son soutien
à Soanen lors de ce que les jansénistes appellent le "brigandage
d'Embrun".
Dans le Forez, il y a eu
sans doute incubation du jansénisme, peut-être à partir des années 1706-1710,
plus sûrement sous l'effet du tropisme oratorien à partir de 1715-1717,
en réaction contre la bulle Unigenitus.
Diapos n° 9 - 10 - Emplacement
du collège des oratoriens de Montbrison
Le collège des oratoriens
de Montbrison s'étendait en partie sur cet emplacement. Sur la diapo (n°
11), l'aile parallèle à celle-ci contenait la chapelle du collège. En
1780, il accueillera cent quarante élèves. Des noms connus du jansénisme
y ont fait leurs études : Duguet, le père Popin, François Jacquemont.
Pour la période qui nous intéresse à présent, 1725-1730, l'enseignement
comprend les classes de sixième, cinquième, quatrième, troisième, seconde,
rhétorique, philosophie. En 1726, "pour apaiser l'orage qui le
menaçait", le collège supprime de lui-même sa chaire de théologie.
Ensuite, plus d'un enfant de la région ira, comme Jacquemont, continuer
ses études à Lyon dans l'établissement de Notre Dame du Confort, place
des Jacobins, chez les dominicains de sensibilité janséniste, et terminer
sa théologie au séminaire des Joséphistes, rue du Garet, près de l'hôtel
de ville. Le pensionnat et le collège des joséphistes sur la rive droite
de la Saône à deux kilomètres de Lyon - F. Krumenacker a retrouvé cette
implantation - seront fermés de 1729 à 1748. Un polémiste dissimulé sous
le cryptonyme de Joram, dénonce "les thèses soutenues au séminaire
des prêtres de Saint-Joseph de Lyon". Il s'indigne en 1718 de
l'usage que font ces joséphistes de la notion de prédestination et de
la réprobation. Les oratoriens montbrisonnais sont moins directement harcelés,
mais sans doute grâce à la "vigilance" du vicaire général De
Brissac, ils se voient signifier en novembre 1730 par le Conseil ecclésiastique
de Lyon l'interdiction de faire des catéchismes. Les Nouvelles ecclésiastiques,
journal janséniste clandestin, s'émeuvent le 7 janvier 1731 qu'on ait
"voulu ôter même aux petits enfants le lait de la doctrine, qui
leur était distribuée avec abondance et discernement par ces Pères".
Diapo n° 11 - Vue générale
de Notre Dame de Grâce

L'orage va surtout s'abattre
sur Notre-Dame-de-Grâce-en-Forest. Dès le 22 mars 1726, Soanen l'assure
qu'il prend part "à ses amertumes et à ses orages". A
point, va se présenter l'investigateur de service, le vicaire général
de Lyon, Monsieur de Brissac, futur évêque de Condom, qui conjugue selon
les Nouvelles ecclésiastiques douceur des manières et "fracas
des décisions". Le 24 septembre 1729, il va poser ses bases au prieuré
de Saint-Rambert-sur-Loire et faire la visite complète du diocèse pour
reconnaître les partisans de l'hérésie janséniste "principalement
suivie par les prêtres de l'Oratoire". Aussi, les oratoriens
de Notre-Dame-de-Grâce n'auront pas de rentrée scolaire à assurer le jour
de la Saint Luc, le 18 octobre 1729. Les Nouvelles ecclésiastiques
précisent que "les pensionnaires du collège de Notre Dame de Grâces,
dans le Forez, sont chassés par lettre de cachet et on a fait défense
aux pères de l'Oratoire de Montbrison d'en recevoir". Le collège
de Notre-Dame-de-Grâce restera fermé plus de trente années, de 1729 à
1760.
"Toute la jeune noblesse
du Forez s'y donnait rendez-vous" selon Auguste Broutin, historien
du XIXe siècle qui ne dissimule guère sa préférence pour cet établissement.
En 1727, un oratorien, le Père Bailly ne lui attribue que trente pensionnaires
et dix "aubergeons", élèves pauvres logés autrefois à l'auberge
voisine où faisaient halte les parents des élèves. Broutin, lui, estime
que la taille des bâtiments pouvait permettre aux prêtres et confrères
de l'Oratoire d'accueillir quatre cents élèves.
Diapos n° 12 - 13 - Vue
nord de l'église actuelle de Notre-Dame-de-Grâce
Nous empruntons la description
topographique de "l'Académie de Notre-Dame-de-Grâce"
à l'article si précis de Franck Maurel-Segara, "L'académie des oratoriens
de Notre-Dame-de-Grâces en Forest", paru dans l'ouvrage de la Liger,
"XVII et XVIIIe en Forez - 1600 - 1770". Grâce à un plan
retrouvé aux Archives nationales, F. Maurel situe :
- au nord, les bâtiments
des élèves (salle de classe, dortoirs, réfectoire, chapelle fondée en
1607 par Vital de Saint-Pol qui "est encore visible et fait partie
de l'église des Oratoriens, à droite près du choeur".)
Diapos n° 14 - 15 - 16
- 17 - Vues ouest de l'église
- au sud trois corps de bâtiments
à deux étages (église, bibliothèque, cuisine). La bibliothèque correspondait
à la superficie d'une vingtaine de chambres. Dispersée à la Révolution,
elle ne compte plus que quelques titres portant l'ex-libris de l'établissement
et disséminés dans les fonds anciens de la région. Nous en avons retrouvé
une dizaine : les "Nouvelles ecclésiastiques" que Poissy
emportera à la "Maison des jansénistes" et d'autres ouvrages,
de tonalité janséniste ou bérullienne, comme les Lettres chrétiennes
et spirituelles de Saint-Cyran. Nous avons retrouvé également un livre
de la bibliothèque des élèves "ad usum convictorum" pour
laquelle "Messieurs les Pensionnaires" versaient un écu de trois
livres. Le livre, Histoire des Juifs de Flavius Josèphe d'après
la traduction d'Arnauld d'Andilly (édition de 1744), présentait des plats
dégradés par des tracés à la pointe.
- une troisième série de
bâtiments destinés à l'agriculture et au travail artisanal (granges, forges,
cuvage, menuiserie...).
En 1792, le collège est fermé,
ses biens séquestrés, ses bâtiments vendus en 1794 au citoyen Pierre Montchal
pour 330000 livres.
D'autres ordres religieux
sont divisés sur la querelle du jansénisme, comme les camaldules dont
le berceau était italien et qui étaient faiblement représentés en France.
Les oratoriens de Notre-Dame-de-Grâce avaient remplacé en 1620 des camaldules
qui construisirent, à peu de distance de leur établissement et à la demande
de Vital de Saint-Pol, seigneur de Vassalieu, un ermitage. Deux camaldules
jansénistes passeront par cet ermitage du Val-Jésus et connaîtront un
dessin contrasté. Le père Pacôme Gillotin, prieur du "Val-Jésus
en Forez" en 1716, se mobilise d'abord pour faire recevoir la
bulle Unigenitus, mais la majorité de son ordre est d'opinion contraire.
Rétrogradé simple religieux, il change de position, et pour son malheur,
sa congrégation également. Finalement, il meurt exilé à l'île de la Chauvette,
en 1743, persévérant dans son appel de la bulle. Le second camaldule,
Jérôme Grandjean, accepte d'abord la bulle en 1727, puis retire son consentement.
Exilé au Val-Jésus où les camaldules lui refusent la confession et le
laissent à la porte de l'église pendant les offices, il révoque son appel
et accepte la bulle comme article de foi. Malheureusement, devenu prieur
de Bessey, il change selon les Nouvelles ecclésiastiques cette
maison de solitude en maison de débauche. Il la transforme en cabaret
pour les paysans des environs en servant lui-même les ivrognes pendant
les fêtes de Pâques de 1743.
Pour illustrer la suspicion
développée contre les jansénistes, narrons l'incident picaresque qui se
produit à la maison des capucins de Saint-Etienne, au clos Thibault, à
Tarentaize aujourd'hui. Un prêtre sociétaire, du nom de Joseph Antoine
Ronzil, est chargé de prêcher l'octave qui célébrait la canonisation du
capucin Félix de Cantabrice. "Infecté d'un jansénisme agressif
et virulent", le prédicateur se servit de termes offensants contre
les capucins "qu'il ne pouvait avoir puisés que dans les livres
prohibés, odieux à la religion", estime Antoine Thiollière, ancien
prêtre sociétaire de l'église paroissiale de Saint-Etienne et auteur en
1790-1791 de l'Histoire de Saint-Etienne et de l'église de Saint-Etienne-en-Forez.
La question que vous pouvez vous poser maintenant est de savoir si le
jansénisme s'est étendu, en Forez, des réguliers aux séculiers, des couvents
aux paroisses.
Tableau n° VII :
Le jansénisme en Forez - Du couvent au presbytère
Les historiens du jansénisme
en Forez s'accordent pour faire remonter un mouvement organisé aux années
1770. Benoît Laurent situe en 1762 le premier curé janséniste, Etienne
Darles, chargé de la paroisse de Saint-Georges-en-Couzan, auquel Mgr de
Montazet, archevêque de Lyon et favorable à l'augustinisme, avait confié
l'enseignement du dogme au séminaire Saint-Charles. Le séminaire de Lyon
s'opposait au séminaire Saint-Irénée tenu par les sulpiciens. Or, à l'aide
des Nouvelles ecclésiastiques, nous avons pris connaissance des
investigations et des mesures qui vont s'engager contre des curés foréziens
jansénistes, dès 1730. Les Nouvelles ecclésiastiques circulèrent
sous forme de feuilles manuscrites, puis imprimées de 1728 à 1803, sauf
naturellement pendant la Révolution. Il était servi par des rédacteurs
réguliers, difficiles à identifier ; le montbrisonnais Duguet renonça
rapidement à sa collaboration par une lettre à l'oratorien Pinel. Atteignant
six mille lecteurs, le journal janséniste disposait d'une organisation
souvent vantée. Seule, une communication verticale fonctionnait dans un
réseau cloisonné d'imprimeurs, de correspondants et de colporteurs. On
l'a plus d'une fois rapproché du Canard enchaîné de notre époque.
La sûreté de son information a été reconnue par les spécialistes de l'histoire
du jansénisme, Jean Delumeau, Bernard Plongeron, Louis Cognet, Françoise
Hildesheimer, Benoît Laurent... ainsi que la partialité de ses interprétations.
En rendant compte des inquisitions dogmatiques lancées contre les curés
foréziens, le périodique expose les sulpiciens, les ordres mendiants et
principalement les jésuites à un déferlement d'aigreur et de ressentiments
accumulés. Ses informations sont capables de restituer le contenu de conversations
particulières, de sermons comme ceux de la Grand'Eglise de Saint-Etienne.
Le jansénisme des séculiers
a commencé bien avant 1762 et va mettre face à face, dans une période
resserrée entre 1730 et 1734, les curés jansénistes de la plaine du Forez
et l'archiprêtré de Saint-Etienne, délégué par le vicaire général, Monsieur
de Brissac. D'abord l'archiprêtre Ignace Dutour Vuliard de Saint-Nizier,
curé de Saint-Etienne, chargé de défendre la rigueur de l'orthodoxie,
va s'occuper du cas de Veyre, chanoine et chantre de Fourvière. Le prélat
a l'imprudence de montrer à la princesse de Conti, Marie-Thérèse de Bourbon-Condé,
les tableaux de théologiens de Port-Royal qu'il possède. Comme nous sommes
en 1730 et que la bulle Unigenitus vient d'être déclarée loi de
l'Etat, la princesse se doute que Veyre n'a signé ni le formulaire d'Alexandre
VII, ni la Constitution de Clément XI. Sous l'impulsion du témoin jésuite
de service, le père De Cerceau, Veyre est placé en exil chez les lazaristes
de Val Fleury, près de Saint-Chamond. Sous l'influence de ces religieux
et surtout de sa famille, le chantre de Fourvière change d'attitude. Il
se résout à signer l'acte présenté par Dutour de Saint-Nizier contenant
"la soumission aux bulles de Pie V, d'Urbain VIII, d'Innocent
X, d'Alexandre VII et de Clément XI".
La résistance la plus soutenue
sur le plan dogmatique est opposée par le curé Faure à Bouthéon qui refuse
"de condamner de coeur et de bouche" les cinq propositions
de Jansénius et les propositions de Quesnel exclues de la doctrine officielle.
Le 12 février 1730, Dutour de Saint-Nizier, accompagné d'un prêtre de
Saint-Etienne, Montvernet, et d'un notaire royal, se rend au presbytère
de Bouthéon. L'archiprêtre interroge le curé Faure sur ses relations avec
Soanen et les prêtres de Notre-Dame-de-Grâce ; il le menace de damnation.
Faure est enfermé au séminaire des sulpiciens, à Saint-Irénée, à Lyon,
où il sera isolé, privé d'abord de la messe, puis écarté de la communion
en communauté. Sanctionné dans sa pratique de la foi, abattu, le curé
Faure "est tombé" annoncent les Nouvelles ecclésiastiques
et se soumet aux bulles.
Chaque curé interrogé se
défend avec ses armes et selon sa personnalité. Le curé de La Fouillouse,
l'ancien oratorien De Lurieu, "a beau défendre doctement sa foi".
Le journal ecclésiastique affirme qu'il a été impressionné par le sort
de Faure. Il est plus probable, comme nous l'a suggéré un de ses descendants
qu'il a été ramené à l'orthodoxie par son environnement familial. Son
frère Thomas était juge des Domaines au prieuré de Saint-Rambert ; un
autre frère, Pierre avait figuré parmi le conseil de l'archevêque de Lyon
; une de ses soeurs avait été supérieure des filles de la Charité à Saint-Rambert.
Le cas le plus émouvant est
celui du curé de Saint-Just-sur-Loire, très âgé, Valoux. "Il n'était
point du nombre des appelants, indiquent les Nouvelles ecclésiastiques,
mais il les estimait et les louait hautement". Il reste attaché
à la religion de son enfance, à ce qu'il a appris au catéchisme. Le nouveau
curé-archiprêtre de Saint-Etienne depuis le 25 février 1732, Pierre Thévenet,
va lui rendre visite à Saint-Just-sur-Loire. "Plus recommandable
par sa droiture que par sa science", aimé dans sa paroisse pour
ses moeurs et son esprit de charité, Valoux ne cède pas. Il meurt à soixante-quinze
ans le 15 août 1733, muni toutefois des derniers sacrements.
Il n'était pas alors le seul
janséniste en Forez, comme le pensait Benoît Laurent qui avait lu et qui
connaissait presque tout sur le sujet. Les pressions de leurs supérieurs
amènent ces curés jansénistes à un véritable déchirement de conscience.
Le curé de Saint-Martin-la-Sauveté et de Saint-Thurin, François Roche,
accepte d'abord la bulle, puis en 1717 signe l'Appel, le rétracte en 1730
à l'archevêché de Lyon et enfin annule cette rétractation, c'est-à-dire
meurt janséniste en 1735.
L'archiprêtré de Saint-Etienne
va même passer à la contre-offensive. En 1733, le prône d'un vicaire de
la Grand'Eglise a pour sujet la proposition "des deux amours".
Non seulement, c'est l'objet de la proposition 44 de Quesnel condamnée,
c'est aussi le thème du passage le plus célèbre de La Cité de Dieu
: "Deux amours ont fait deux cités : l'amour de soi jusqu'au mépris
de l'amour de Dieu, la cité terrestre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris
de soi, la Cité céleste". Les Nouvelles ecclésiastiques
reprochent au vicaire d'avoir pris parti contre saint-Augustin, en fait
contre tout le courant augustinien. Le journal le tance pour avoir soutenu
la possibilité "de faire son salut malgré l'acquisition des richesses,
l'élévation aux honneurs, les visites, les divertissements, la bonne chère".
Le dimanche suivant, un autre
vicaire présente comme un article de foi l'octroi de la grâce, au moins
celle de la prière, qui est donnée à tous, même aux plus endurcis. C'est
une des affirmations les plus offensantes pour les thèses jansénistes
sur la prédestination et la grâce efficace. Nul homme, selon saint Augustin,
n'est bon en lui-même et par lui-même sans le don gratuit de la grâce.
Si l'archiprêtre Thévenet
est la cible privilégiée du journal janséniste, la réciproque est tout
aussi forte, tant le curé de Saint-Etienne manifeste de l'aisance oratoire
et semble se complaire dans la polémique. "La matière la plus
ordinaire de ses instructions est la Constitution < Unigenitus>
et le Jansénisme", à l'usage des paroissiens "composés
en très grand nombre d'artisans qui savent à peine les premières vérités
du Catéchisme". Il a soin de répéter que les jansénistes sont
"des impies, des hypocrites...". Cet acharnement oratoire
ne répond pas seulement à la controverse. Il a peut-être bien pour fonction
cachée de prévenir les dissidences qui peuvent se dessiner parmi son clergé
et des familles du quartier de la rue Roannelle ? Antoine Thiollière a
beau affirmer qu'un vicaire de Dutour de Saint-Nizier, "le turbulent
et impétueux "Guiot" tient des propos calomnieux. Ce vicaire
est-il dans l'erreur totale quand il déclare que "la plus grande
partie du clergé de Saint-Etienne était totalement infecté du sentiment
nouveau de Quesnel et de Jansénius ?". Dans ce combat,
Monsieur Thévenet et les pères capucins stéphanois font cause commune.
L'archiprêtre "chérissait essentiellement" les pères
capucins qui se virent retirer par son successeur, Jean Ducros, en 1738,
"le catéchisme raisonné en forme de conférence" donnée le dimanche
après-midi dans l'église paroissiale. Dans ses sermons, Monsieur Thévenet
poursuivait aussi de ses foudres le diacre Pâris qu'il qualifiait de "scélérat"
et les miracles qui se produisaient sur sa tombe qu'il assimilait à des
"fourberies". De quoi s'agit-il ?
Tableau n° VIII :
La troisième phase du jansénisme : le jansénisme
convulsionnaire
Le jansénisme va connaître
un nouveau tournant en étendant son aire d'influence aux couches populaires,
par des phénomènes dits "convulsionnaires", plus exactement
témoins de l'Oeuvre des convulsions, et par des "entreprises de
thaumaturgie populaire", pour parler comme l'abbé-historien Jean-Baptiste
Vanel. Défaits sur le plan théologique et ecclésial, les jansénistes cherchèrent
dans les miracles et l'oeuvre totale des convulsions la manifestation
de la volonté divine et la justification de leur doctrine. Finalement,
l'appel de la bulle Unigenitus ne réunira d'après Louis Cognet,
guère plus de 3000 adhérents sur les quelque 100000 membres du clergé
français (Krumenacker donne le double de signataires) et la carte de Préclin
montre pour la région, dans la période 1725-1750, l'existence d'un groupe
de 50 à 100 ecclésiastiques appelants. C'est sur la tombe de certains
appelants que vont se produire les miracles accompagnés de manifestations
populaires et de convulsions et que va se relancer le jansénisme.
Avant les miracles attachés
à la tombe du diacre Pâris, il s'en produit sur celle d'un chanoine appelant
du diocèse de Reims, Gérard Rousse. Les appelants les interprètent en
leur faveur. Le diacre Pâris meurt à trente-sept ans, le 1er mai 1727.
Il était demeuré par humilité dans les ordres mineurs et avait distribué
sa fortune. Sur la tombe de cet homme saint, appelant et réappelant, la
foule vient prier, au cimetière Saint-Médard à Paris. Des guérisons sont
obtenues dès sa mort et surtout après 1730.
Fin de la première phase
: Mgr de Vintimille, archevêque de Paris, les écarte comme des miracles
"faux et supposés", alors que des guérisons sont attestées médicalement
comme celle d'Anne Le Franc. Deuxième phase : au milieu de 1731, des guérisons
s'accompagnent de tremblements corporels, appelés "convulsions",
manifestations visibles de la guérison miraculeuse. Troisième phase :
en janvier 1732, les autorités pensent éviter les rassemblements en fermant
le cimetière : l'opinion placarde par dérision sur la porte close : "De
par le Roi, défense à Dieu / De faire miracle en ce lieu". Quatrième
phase : les convulsionnaires continuent leurs manifestations dans des
demeures privées, et ainsi s'organise ce que l'on appelle l'oeuvre des
convulsions où l'on retrouve des nobles, des magistrats et le frère de
Voltaire.
1 - Les miracles sont pour
les convulsionnaires un signe de la volonté de Dieu au milieu de leurs
persécutions. C'est un cautionnement de leur foi et un encouragement à
l'exprimer. Mieux encore, ils justifient "la foi des élus"
comme le souligne Michel-Chantin dans son ouvrage "Les amis de
l'oeuvre de la vérité. Jansénisme, miracles et fin du monde au XIXe siècle".
Du point de vue humain, matériel, les jansénistes cherchent à faire certifier
la réalité de ces miracles. Carré de Montgeron, conseiller au Parlement
de Paris, s'efforcera de démontrer les miracles de Saint-Médard en multipliant
les certificats et les procès-verbaux. Son ouvrage, La vérité des miracles
opérés à l'intercession de Pâris, lui vaudra de passer le reste de
sa vie en forteresse. Sur le plan de l'identité convulsionnaire et de
l'affirmation de leur foi, les amis de "l'Oeuvre de vérité"
élèvent un culte à leurs plus grands affidés et leur attribuent des miracles
qui sont parfois constatés médicalement. Ainsi, en 1735, une demoiselle
Tamisier de Saint-Galmier est guérie d'un panaris par application des
cheveux de Soanen. Cette quête de miracles continuera au XIXe siècle sur
la tombe de Chavane, curé de la Tourette, mort en 1804, dont Dieu reconnaît
la sainteté par une dizaine de miracles. De même, le vicaire de Jacquemont
à Saint-Médard-en-Forez, Michel Martin, est un adepte de l'oeuvre surnaturelle
des Convulsions et des Secours ; il suscite la proclamation du même
volume de miracles. Son biographe, Jacquemont, décédé en 1835, est encore
plus sollicité comme intercesseur ; une vingtaine de guérisons sont recensées
à son sujet, juge Michel-Chantin. Quant à Popin, de son vivant, deux miracles
peuvent être portés à son actif d'après Benoît Laurent et dès sa mort,
le culte commence.
Faut-il voir dans ces miracles,
se demandait l'historien Galley, "l'oeuvre de Belzébuth ou sont-ils
accomplis avec la permission de Dieu ?". Duguet, pour sa part,
entrevoyait l'intervention du diable dans toute l'oeuvre des convulsions.
Dans son testament spirituel, Jacquemont interprète ces miracles comme
l'annonce bénie de la fin de l'apostasie et l'avènement d'un nouveau messianisme,
ce sont "les signes avant-coureurs de la réprobation de la gentilité,
de la mission prochaine du saint prophète Elie, et de la conversion des
juifs".
2 - Les secours apportés
aux convulsionnaires : L'Oeuvre des convulsions nécessite des secours
pour soulager les corps souffrants, saisis de tremblements et de contractions.
Dès 1730, les spectateurs utilisent les petits secours, coups de bûche,
étirements, pressions, stylets, bâtons pointus appelés sucres d'orge.
A Saint-Galmier, le curé Arnaud-Tison doit démissionner en 1773, à la
suite de coups portés à une personne atteinte de convulsions pour la délivrer.
Très vite, avant 1740, on en vient à des secours plus violents, aux "grands
secours" : transpercement avec des clous ou des épées, suspension
de haut en bas et même crucifixion. La première crucifixion, dans la région,
a lieu au printemps 1787 à Marcilly ; elle est l'oeuvre du curé Fialin
sur sa servante "qui ne semble pas plus mal s'en porter". Mgr
de Montazet révoque Fialin qui est remplacé par un prêtre janséniste,
Javelle. La crucifixion la plus violente a lieu dans l'église de Fareins,
dans les Dombes, en octobre 1787, devant une dizaine de témoins : Etiennette
Thomasson est clouée par les mains au mur par les frères Bonjour. Le curé
de la paroisse, François Bonjour, est expédié chez les moines de Tanlay,
son frère Claude à Pont l'Ain.
La question qui vient spontanément
à l'esprit consiste à se demander si ces convulsionnaires sont effectivement
soulagés et dans quel état mental et spirituel ils sont plongés pour solliciter,
supporter des "secours" d'une violence certaine. Plusieurs historiens
soulignent que subir ces traitements était pour les convulsionnaires une
manière de partager les persécutions de l'Eglise et faire oeuvre de vérité
en résistant victorieusement, soutenus par la grâce efficace qui habite
les élus. Aujourd'hui, au sujet de la relative insensibilité des secourus...
ou des suppliciés, sans écarter comme Louis Cognet de nombreux cas de
supercherie, on évoque à propos d'autres récits "de curieux phénomènes
paranormaux". Galley, avec sa mentalité positiviste du XIXe siècle,
parlait de "catalepsie, d'anesthésies, de manifestations névropathiques".
Que voulaient obtenir ces
convulsionnaires ? Leur comportement prenait-il la forme d'un appel désespéré
au ciel pour susciter une reconnaissance de leur cause ? C'est ce que
pense Catherine Maire. Etait-ce une réaction extrême de protestation par
rapport à la déchristianisation irréversible qui s'amorçait, comme le
suggère Françoise Hildesheimer ? Dans "Le calendrier des Saints
de l'Oeuvre de la Vérité" que donne Michel-Chantin en annexe
de son ouvrage et qu'il a extrait du livre de piété des jansénistes de
Saint-Victor, figure le 29 mars la fête de Gabrielle Moller, secouriste
parisienne. Parmi tous les saints convulsionnaires et les saints de Dieu
attachés à l'appel et à l'oeuvre des convulsions, son nom est invoqué
"comme un instrument de pureté et un vase précieux de l'oeuvre
admirable qu'opère" le Seigneur. Quelle que soit l'interprétation
qu'on livre sur ce secourisme, celui-ci accrut les divisions entre jansénistes.
Soanen et Colbert de Croissy, l'évêque appelant de Montpellier, sont réservés
sur les grands secours. L'administration des secours provoque des dissidences
nombreuses et la formation de petites sectes clandestines.
3 - Les visions des convulsionnaires.
Les convulsions, guérissantes ou non, se doublent de visions, extatiques
ou non. Après coup, ou même après la période plus ou moins longue de leur
manifestation, elles sont transcrites par le convulsionnaire ou un affidé.
Ainsi Krumenacker pense que le journal des visions d'Angélique Babet de
1777 à 1785 a été copié par le joséphiste Pierre Borelli. Selon Chretin-Brison,
les livres saints des béguins renferment des extraits de la Bible, des
chants religieux, des "manuscrits qui rassemblent des paroles
de convulsionnaires et d'inspirés". Comme le souligne Y. Krumenacker
à propos des visions de la soeur Marie, lues encore vers 1910 un siècle
après sa mort, leur analyse demande une connaissance étendue des formules
bibliques et liturgiques (soeur Marie est morte en 1835). Certaines de
ces visions gardent leur part de mystère ou de subjectivité, même quand
on connaît les clés du code (bonbon = Christ, pp = papa pour tel ou tel
prêtre) : "Ma Religieuse dit qu'elle veut bien aller à Bonbon...
mais elle veut pas y aller avec les Saints Evêques et avec Madame, parce
qu'ils l'ont battue" (manuscrit janséniste de Saint-Victor-sur-Loire,
10 mai 1776). D'autres visions, tout en sécrétant leur part d'illuminisme,
ne rompent pas, peut-on dire, le cordon ombilical avec le port-royalisme.
Dans le même écrit, "l'invocation du 22 février 1776 (ou 1777 ?)"
"La joie Sainte, où nous sommes à mon Dieu, des grâces que vous
avez faites à notre Pasteur Pinel, ne peut être sanctifiée en nous, qu'en
imitant ce Pontife dans l'exacte vertu de renoncer à nous-mêmes, et de
nous abandonner à vous qui êtes la Seule vérité" doit être éclairée
par les pensées dogmatiques du 1er août 1777 : "La vraie charité
conduit à l'humilité du coeur, l'humilité conduit à l'anéantissement de
soi-même. L'anéantissement de soi-même est une lumière qui nous fait connaître
notre impuissance à tout bien ; et qu'il n'y a de puissance et de fond
de sagesse et de lumière qu'en Dieu seul". Il ne faut jamais
perdre de vue cet attachement au passé port-royaliste, comme nous y invite
Michel-Chantin. La défense de la mémoire des grands ports-royalistes,
Mère Angélique, Arnauld, Saint-Cyran, Jansénius se mêle au culte des appelants,
Soanen, Colbert de Croissy, et des convulsionnaires ou visionnaires, Pâris,
Pinel, soeur Angélique Babet, Gabrielle Moller, soeur Brigitte.
La plus célèbre de ces visionnaires
est Angélique Babet qui, sous la direction de l'oratorien Michel Pinel,
a été membre de l'Oeuvre des convulsions de 1734 à 1747. Pinel avait quitté
son ordre pour propager l'Oeuvre dans la France ; il est passé dans la
région. Poissy, enterré dans le tombeau des jansénistes, avait entouré
soeur Marie-Isaac, convulsionnaire et visionnaire ; l'oratorien, selon
Y. Krumenacker, recueillit ses visions, mais "ayant suivi le schisme
des Constitutionnels" en 1790, il entraîna dans l'erreur sa pénitente.
Après avoir vécu "dans l'oubli de Dieu", soeur Marie-Isaac
fit réparation en public de ses errements. Fréquemment, ces visions s'accompagnaient
de prophéties. Dans une de ses notes de bas de page, si bien fournies,
Y. Krumenacker nous apprend qu'Anne Elizabeth Fronteau, dite soeur Holda,
fille d'un tapissier parisien et morte en 1786, a prophétisé pendant quarante
quatre-ans. Jacquemont se fit reprocher par un petit neveu d'avoir
"donné en plein dans ses prophéties". La soeur Angélique
Babet avait annoncé la sortie de Napoléon de l'île Sainte-Hélène. Religion
et prédiction se côtoient ou même font un amalgame inattendu. Cet aspect
visionnaire des convulsions sépare encore plus nettement les jansénistes.
Jacquemont aura peu de relations avec le père Popin, d'obédience pinéliste.
4 - Les perspectives eschatologiques.
Les historiens du jansénisme ont noté au XVIIIe siècle cette attente des
derniers temps et du Jugement dernier. Les prophéties des soeurs ci-dessus
sont plus ou moins eschatologiques. En 1792, François Bonjour, l'ancien
curé de Fareins, s'enfuit à Paris avec sa servante et son amie, Claudine
Dauphan, toutes les deux enceintes de lui. La première donne naissance
à "Jean le Précurseur", la seconde à "Israël-Elie"
le 18 août 1792. Dès lors, les disciples de François Bonjour, les Margouillistes,
attendent la fin du monde en s'affranchissant des règles de la morale.
En 1794, une centaine de personnes, surtout des femmes, partent de Saint-Jean-Bonnefonds
en chantant des cantiques et des chants patriotiques. Organisés en "République
du Saint-Esprit", elles veulent faire renaître la Jérusalem triomphante,
mais sont arrêtées dans les bois de Saint-Genest-Malifaux, dans le Pilat.
Ces deux événements mettent en lumière une interprétation plus ou moins
littérale des Ecritures et surtout de l'Apocalypse : le prophète Elie
doit venir préparer le second avènement du Messie (Matthieu XI, 14) et
le règne de la Nouvelle Jérusalem promis par l'Apocalypse. En 1846, les
Béguins de Saint-Jean-Bonnefonds connaîtront une sorte de "résurgence
messianique" avec Digonnet, "le petit bon Dieu des béguins".
Michel-Chantin avoue sa surprise d'avoir découvert que ces groupes jansénistes
épars du XIXe et XXe siècles représentaient "l'ultime avatar d'un
mouvement millénariste et apocalyptique né à partir des guérisons miraculeuses
de 1727". L'étonnement des Stéphanois ne serait pas moindre en
apprenant la toponymie du col de la République.
5 - La lecture de la Bible
en français. Une dimension transversale, instrumentale sous-tend toute
cette culture convulsionnaire : c'est la lecture de la Bible en langue
vernaculaire. Rapportons-nous à un spécialiste, Bernard Chédozeau, pour
connaître les différentes tendances qui se font jour dans l'église post-tridentine
quant à cette opportunité. Dans le croissant baroque, de la péninsule
ibérique à la Hongrie, on ne peut lire la Bible dans sa langue nationale,
ce type de traductions est proscrit. Dans les pays de gallicanisme modéré,
il est possible de lire la Bible dans la langue de son pays sous le contrôle
du clergé. Enfin, pour les jansénistes de Port-Royal, pour Lemaistre de
Sacy, pour Quesnel, l'on doit lire la Bible en français. L'accès de l'Ecriture
Sainte à tous était le souci des jansénistes. Mais au XVIIIe siècle, l'Eglise
de France se défiait encore, avec beaucoup d'insistance, des bibles protestantes
et des ouvrages résolument jansénistes, comme le Nouveau Testament
de Mons. Pourtant la Bible de Lemaistre de Sacy va s'imposer. Publiée
en trente-deux volumes de 1672 à 1699, elle présente texte latin et texte
français. Elle s'attache "à l'explication du sens littéral et
du sens spirituel". Sacy insistait sur la valeur de ces écrits
comme "parole créatrice", "comme parole vitale".
François Bonjour et Jacquemont préconisaient la lecture de la bible en
français. Les béguins semblent avoir pratiqué principalement la Bible
de Sacy. Appréciée pour la beauté de sa langue, elle était éditée dans
des petits formats qui répondaient plus à une lecture courante qu'à une
lecture solennelle. Les jansénistes ont ainsi contribué, à leur manière,
à la diffusion et à la connaissance de la Bible en langue vulgaire.
Tableau n° IX :
Un jansénisme national finissant - Un jansénisme
régional relancé
Avec sa radicalisation par
les pratiques convulsionnaires, avec la baisse du recrutement dans les
ordres après 1750, avec la disparition de ses grandes figures, le jansénisme
va s'étioler ou éclater en de multiples groupes dissidents. Soit ils se
heurtent à des problèmes ecclésiologiques, d'autarcie spirituelle hors
de l'Eglise romaine et ils sont souvent en fracture avec elle, soit ils
se lancent, comme dit Taveneaux, "dans un prophétisme passionnel,
assoiffé de martyrs et de miracles". Le dernier évêque appelant,
Caylus, meurt en 1754. C'était l'évêque d'Auxerre ; les autres foyers
jansénistes forts s'étaient développés à Paris, Nantes, Sens, Troyes,
dans certains couvents de Provence (dominicains de Toulon, oratoriens
de Pézenas, dominicains de Saint-Maximin). La querelle janséniste va aussi
manquer de piment et de controverses avec la destitution des jésuites
le 1er avril 1762 et leur expulsion de France. Rappelons que ces mêmes
jésuites n'avaient pu s'établir à Saint-Etienne, après le succès de la
mission qu'ils y avaient prêchée en 1711. Une partie de la bourgeoisie
stéphanoise craignait que, par leur habileté politique, ils influent sur
la conduite des commerces et des fabriques ; les religieux redoutent qu'ils
détournent à leur avantage les dons et legs faits aux deux établissements
de la ville, les minimes et les capucins. Dans une ville sans collège,
personne ne songe à l'utilité éducative de leur entreprise.
Par contraste, pourrait-on
dire, c'est vers 1770 que le jansénisme, en Lyonnais, y compris le Forez,
prend tout son essor. Il s'implante d'abord avec une vigueur certaine
dans les monts du Forez, à Saint-Georges-en-Couzan avec le curé Benoît
Ville, "l'un des chefs les plus ardents de la secte",
à Chalmazel avec le curé Guillot, à Palogneux avec Bertholon, ancien supérieur
du séminaire janséniste Saint-Charles de Lyon, à Saint-Just-en-Bas avec
Mr Perrin. Il se développe aussi vivement, même avec un meilleur impact
sur les populations, dans le canton de Saint-Bonnet-le-Château avec le
curé Chavane à La Tourette, avec le curé Brunel et son vicaire Charrereau
à Marols, le curé Balleydier, dit Chevalier, à Saint-Jean-Soleymieux et
le vicaire Vial. Le fonctionnement de petites écoles jansénisantes dans
le secteur de Saint-Jean-Soleymieux, la présence de livres jansénistes
à Marols en 1804 attestent de la pénétration de la doctrine de Jansénius.
Les curés jansénistes sont des archétypes de rigueur morale et d'humilité,
de piété et de prosélytisme doctrinal ; l'étude de Gérard Berger sur François
Chavane met particulièrement en relief ces qualités qui facilitaient l'épanouissement
autour de leur personne, puis de leur tombe d'un culte populaire. La même
image du clergé janséniste ressort de la biographie de Jacquemont par
Jacques Taveau. Au fil de l'exposé, vous avez pu constater que le jansénisme
s'était étendu à Marcilly, à Saint-Médard, à Saint-Victor-sur-Loire, à
Saint-Galmier, à Saint-Marcellin. Le Roannais comprenait aussi des groupes
et des curés jansénistes : Chanteloc à Crémeaux, Fourneaux à Neulize.
Une étude globale des implantations jansénistes en Forez supposerait une
refonte de la géographie départementale de Benoît Laurent, elle nécessiterait
une cartographie élaborée en fonction des flux, des évolutions, des tendances
du jansénisme local. Benoît Laurent avait le mérite d'opérer déjà un tri
entre les centres jansénistes, les centres de la Petite Eglise et les
centres béguins.
Et les ordres religieux,
en Forez, ont-ils résilié le jansénisme ? L'article de Dominique Julia
et Wilem Frijhoff, "L'Oratoire et le jansénisme : l'Assemblée
générale de 1746" nous donne des précieuses indications. Trois
prêtres de Notre-Dame-de-Grâce signent l'acte de protestation contre l'injonction
prévue durant cette assemblée de soumission à la Constitution Unigenitus
; le père Louis Batterel, appelant et réappelant, historien de l'Oratoire,
prend une position encore plus hostile et refuse la députation à l'assemblée.
Malgré la fermeture de son académie, Notre-Dame-de-Grâce continue à accueillir
des prêtres jansénistes, en particulier en fin de vie, comme le père Pichard,
prêtre réappelant de l'Oratoire qui vient y mourir en 1740. Plus intéressante
encore est la venue sans retour d'Honoré Mercadier, fils d'un notaire
d'Aix-en-Provence, signataire des appels de 1717 et 1721. Soutien actif
de Soanen, il doit se contenter des quatre ordres mineurs reçus et demeure
confrère pendant de longues années, nous apprennent D. Julia et W. Frijhoff.
L'archevêque d'Aix refuse de lui conférer la prêtrise. Il se fera ordonner
prêtre à 41 ans par Colbert de Croissy à Montpellier, émigrera dix ans
en Hollande et viendra mourir le 23 décembre 1767 à Notre-Dame-de-Grâce.
La présence de Jean-Auguste Michon, confrère janséniste originaire de
Saint-Germain-Laval, est indiquée à Notre-Dame-de-Grâce, de 1780 à 1782,
par Broutin. Les trois oratoriens inscrits sur le tombeau des jansénistes,
Rocher, Poissy, Popin y exercent dans les années 1780-1790. Poissy a déjà
fait une dizaine d'établissements, la vigueur de ses opinions jansénistes
lui a coûté de nombreux déplacements. D. Julia et W. Frijhoff signalent
dans les années 1730-1750 des noyaux de résistance à la bulle et citent
des confrères (non prêtres) du centre qui appartiennent à des maisons
proches : les confrères de Riom, d'Effiat, de Saint-Martin-de-Miséré et
de Montbrison signent une lettre commune de protestation.
Diapos n° 18 et 19 - Les
Ursulines de Montbrison (aujourd'hui collège Victor de Laprade - vue du
cloître)
Les oratoriens étaient à
quelques pas du couvent jansénisant des Ursulines dont vous voyez les
bâtiments, puis le cloître intérieur. Une religieuse Fialin, soeur du
curé crucificateur de Marcilly, a dirigé ce couvent. L'aumônier "de
ce grand couvent de Sainte-Ursule (Rollet) propageait la même doctrine"
juge Camille Latreille. Appelé en 1786 comme directeur de ces Ursulines,
Rollet fut relevé rapidement de ses fonctions et fusillé aux Brotteaux
en 1794.
Dix neuf réguliers ont été
identifiés comme convulsionnaires dans le diocèse : neuf oratoriens dont
six dans le Forez, sept dominicains, trois joséphistes. Popin, Poissy,
Honoré Mercadier appartenaient sans doute à la première composante.
Diapo n° 20 - Le site
des Visitandines de Montbrison
Diapo n° 21 - La chapelle
des Visitandines (aujourd'hui Palais de Justice)
Les visitandines étaient,
dans leur ensemble, opposées au jansénisme. Voisines aussi des oratoriens
montbrisonnais, elles étaient fixées dans la paroisse Saint-Pierre dont
nous parlerons. En France, plusieurs couvents de visitandines jouaient
un rôle redresseur vers les bonnes voies de la spiritualité pour les religieuses
égarées ou même de "paratonnerre", comme dit Mme Liogier, pour
les religieuses tentées par le jansénisme.
Comme le phénomène convulsionnaire
se prolongeait dans le Lyonnais, où il s'était déclenché avec un certain
décalage, il attira des religieux isolés ou en rupture ecclésiale. Melchior
de Forbins, ancien grand vicaire d'Aix saisi par le jansénisme, se lia
aux milieux du Lyonnais et du Forez, notamment avec François Jacquemont.
Il mourut privé de sacrements et de sépulture ecclésiastique. Le plus
actif de ces transfuges fut peut-être Caffe, né à Chambéry en 1744, qui
rétracte sa signature du formulaire en 1772 et entre chez les dominicains
de Toulouse en 1785. Il vient prêcher le jubilé au Puy-en-Velay en 1787
(?) et visite, à cette occasion, les principaux foyers du Forez : Notre-Dame-de-Grâce,
les oratoriens de Montbrison, le curé Jacquemont. Le groupe des quatre
dominicains jansénistes que Mgr de Montazet appela à Lyon, les Pères Calais,
Chaix, Caussanel, Lambert, se composait de provençaux dont Jean-Dominique
Chaix, né à Brignoles en 1745 et entré chez les dominicains de Saint-Maximin
attachés au jansénisme. Sans parler de tropisme lyonnais en matière de
jansénisme, la région semble avoir entretenu avec la Provence quelques
liens privilégiés. Michel-Chantin indique que ces relations se perpétuent
avec les anticoncordataires grâce à leur autorité intellectuelle et à
la médiation de laïcs, les de Bournissac, condisciples des Lyonnais dans
les collèges d'oratoriens. Ainsi, dans ce climat et avec ce réseau relationnel,
apprend-on sans surprise "la venue annuelle des Amis de Provence,
pour la première communion des enfants ou faire leurs Pâques"
(Michel-Chantin).
Ce jansénisme prolongé appelle,
on l'a dit, une géographie précise de ses implantations, et conjointement
une étude sociologique de ses adeptes. Michel-Chantin a au moins esquissé
cette dernier recherche. Il souligne le caractère rural de son développement
et son enracinement dans les couches de l'artisanat et du petit commerce,
sans pouvoir dégager une dominante sociale ou professionnelle. Dans cette
optique, on peut se demander si les sphères des notables, noblesse comprise,
ont été touchées comme dans le cas du jansénisme théologique de Port-Royal
et de Paris. En Forez, deux grandes familles jansénistes sont bien connues.
D'abord, à Boën où naquirent Popin et Jacquemont, les De Punctis. Déjà,
B. Laurent considérait que "le plus important des foyers jansénistes
convulsionnaires (avait été), sans conteste, celui de Mademoiselle
de Boën". Les De Punctis "seigneurs de Boën par héritage
depuis 1750", précise Galley, entretenaient des relations avec
les jansénistes convulsionnaires. Mademoiselle de Punctis eut à son service
Claudine Dauphan, la future mère d'Elie. A Lyon, elle devint "le
centre de ce petit monde composé de Foréziens, Lyonnais, Dombistes".
Ses relations avec le laïc Desfours de la Genetière étaient naturelles
dans la mesure où ce janséniste engagé assurait le lien entre les différents
groupes du Forez, de la Dombes, du Beaujolais, du Mâconnais et du Dauphiné.
Retirée à Saint-Médard pendant la Révolution, Madame de Punctis prête
assistance à Jacquemont. Plus tardivement, un autre milieu noble janséniste,
les Gonyn de Lurieu de la Rivoire organisent un lieu de rencontre et de
protection pour les partisans de l'Oeuvre. Dans le château de la Merlée
sur les bords de la Loire, à Saint-Just-sur-Loire, Madame Gonyn de la
Rivoire établit, d'après les sources de B. Laurent, "une sorte
d'hostellerie pour les Amis de la Vérité disséminés dans le voisinage".
Jacquemont, déchargé de cure, y fit de longs et fréquents séjours. D'autres
notables foréziens ont-ils succombé au jansénisme à une époque ou à une
autre ?
Diapo n° 22 - La nouvelle
église Saint-Pierre à Montbrison
L'église de la paroisse Saint-Pierre
a été reconstruite dans les années 1870 avec une orientation différente.
Saint-Pierre, au nord de la ville, était bien plus petite et desservait
les quartiers que l'on qualifiait d'aristocratiques. La paroisse d'Ancien
Régime concentrait les pouvoirs administratifs et judiciaires, comme l'a
démontré Joseph Barou. Pour notre part, nous avons exposé la donation
d'ouvrages essentiellement jansénistes passée devant notaire le 20 décembre
1744 par un clerc tonsuré, Jean-Baptiste Poncet. Cette bibliothèque (141
ouvrages, 411 volumes) est marquée par le jansénisme modéré de Duguet
et de Nicole, la force du courant augustinien, les publications de Sacy.
Curieusement alors que l'archevêque, Mgr de Tencin, menace les appelants
de damnation, Jean-Baptiste Poncet qui demeurera sans doute par prudence
clerc tonsuré toute sa vie, fait cette donation en faveur des paroissiens
de Saint-Pierre. Nous avons essayé de montrer que ce public de lecteurs,
vraisemblablement réceptif, cherchait dans le jansénisme une sorte de
repli identitaire, une distinction socialement régénératrice pour l'ancienne
noblesse, une confirmation de l'éducation austère qu'ils avaient reçue
au collège oratorien tout proche.
Tableau n° X :
Le jansénisme forézien à l'épreuve de la Révolution
et du Concordat
Ce jansénisme, pérennisé
en quelque sorte, va traverser les révolutions politiques et religieuses
de la charnière XVIIIe - XIXe siècles, et s'efforcer d'affirmer dans les
épreuves sa force doctrinale en gardant sa confiance dans l'Oeuvre de
Vérité. Aucune liste générale des prêtres jureurs ou assermentés en Rhône-et-Loire
n'existe. Pour le district de Saint-Etienne, Galley donne, pour la fin
mars 1792, 71 % d'assermentés. Claude Latta, à la suite de Colin-Lucas,
indique pour la Loire (période 1795-1801) une Eglise constitutionnelle
composée de 131 membres et regroupée autour de Perrin, le curé janséniste
de Saint-Just-en-Bas. Le Tableau des prêtres du diocèse de Lyon
(1er vendémiaire 1802) établi par le vicaire général de Lyon, Courbon,
a permis à Joseph Camelin de repérer comme membres de l'Eglise constitutionnelle
la majorité des prêtres jansénistes. Plus exactement, dans un premier
temps, ceux-ci adhèrent à la Constitution civile du clergé du 12 juillet
1790, persuadés que l'évolution de l'Eglise avant la Révolution était
néfaste et qu'un nouveau régime pourrait restaurer une religion authentique
comme dans les premiers siècles. Les curés ou vicaires Jacquemont, Brunel,
Balleydier, Chavane, Charreireau, Vial, Germain dont nous avons parlé,
sont favorables à la Constitution civile. Quatre prêtres de la Grand'Eglise
de Saint-Etienne, d'inclination janséniste, le curé Saunier du Lac qui
démissionnera par la suite, Bodet, Louis Blachon, Peurière, futur curé
de Saint-Ennemond, prêtent le serment de même que Jean-Jacques Drevet,
curé de Saint-Jean-Bonnefonds, l'organisateur des béguins. Courbon signale
aussi, comme "janséniste zélé", André Meynier, ancien
dominicain et aumônier des dames de Sainte-Catherine de Saint-Etienne.
Certains autres jansénistes, comme Lagier, ancien dirigeant, semble-t-il,
de la secte des Crucifiants dans le Roannais, devenu professeur
de l'Ecole centrale, bénéficient de promotions. Dans un second temps,
des figures emblématiques du jansénisme rétractent leur serment : le curé
Germain, dépité par les attaques portées contre la religion, Jacquemont,
ulcéré par l'exécution de son ancien vicaire, Rollet, et pendant un temps
en rupture de communication avec les Constitutionnels.
L'attitude des jansénistes
vis-à-vis du Concordat de 1801 est plus ambivalente. La plupart vont le
repousser et refuser de signer le formulaire d'adhésion pour des raisons
diverses. Popin et Poissy sont les seuls républicains de ce clergé. Les
autres prêtres anticoncordataires dans le tableau de l'an XII présenté
par B. Laurent-Balleydier, Charreireau, Brunel, Chavane, Michon et deux
anciens dominicains du Chambon, Heurtier et Faure, sont légitimistes avant
l'heure ou surtout hostiles à toute réorganisation religieuse et politique
de l'Eglise. De plus, Chavane voit sa paroisse de La Tourette rattachée
à Saint-Bonnet-le-Château - le Concordat a ramené les diocèses de 135
environ à 60 - et son église pillée sur l'ordre du curé de Saint-Bonnet.
Au début du XIXe siècle, la ligne de clivage ne passe pas en fait par
l'acception ou le refus du Concordat. Les prêtres ci-dessus ne peuvent
accepter le nouveau mode de nomination des évêques, l'irrévocabilité de
la vente des biens ecclésiastiques, la destruction de l'ancienne église
gallicane. Jacquemont qui s'est rallié au Concordat par esprit de pacification
religieuse est proche d'eux. Il considère que le Pape a excédé ses pouvoirs
par le Concordat de 1801 et "défend le jansénisme gallican contre
l'ultramontanisme antirévolutionnaire", souligne F. Krumenacker.
Jacquemont s'opposera cependant au curé Germain sur le Concordat, puis
à ses amis lyonnais anticoncordataires. C. Latreille l'a montré : les
adversaires se battront de longues années à coups de miracles et de mémoires.
Les divisions entre les défenseurs de l'Oeuvre s'étaient une fois de plus
avivées.
Après le Concordat signé
le 15 juillet 1801, Mgr Fesch est nommé à Lyon le 5 décembre 1802 et il
va remettre de l'ordre dans le diocèse, secondé par le vicaire général
Courbon. D'emblée, il recueille les adhésions au Concordat. Rapidement
un rapport des vicaires généraux Courbon et Renaud en date du 7 octobre
1803 dénonce les menées des anticoncordataires. Popin et Poissy, après
la fermeture de Notre-Dame-de-Grâce, se sont retrouvés à Saint-Galmier
en 1802. Ils y exercent encore des fonctions sacerdotales. Une jeune fille,
percluse, baise le vêtement du père Popin pendant une procession de la
Fête-Dieu et peut ensuite marcher jusqu'à l'Eglise. Les adversaires des
deux anciens oratoriens saisissent l'Archevêché. Le climat s'alourdit
encore à Saint-Galmier avec les affrontements des ursulines et des Pères
de la Foi. Finalement, à la suite d'une crucifixion, par un prêtre convulsionnaire
dans les monts du Forez, Popin, Poissy, Chavane, Brunel et Balleydier
sont arrêtés. Ils sont accusés d'avoir refusé la signature de la formule
d'adhésion au Concordat, de tenir des assemblées secrètes et déclarés
"jansénistes fanatiques" par Courbon. Emprisonnés à Montbrison
en novembre 1803, ils ne seront libérés qu'en août 1804.
Popin et Poissy, laissés
sans emploi sacerdotal, devaient encore unir leurs destinées. Ils fonderont
un pensionnat pour la jeunesse, rue Tarentaize, dans un immeuble qui appartenait
à Antoine Blachon. Ils ouvrent "une classe de jeunes gens" où
le père Popin affirme son amour de l'enfance. Le dimanche, les ouvrages
du père Poissy, comme les Nouvelles ecclésiastiques et la Bible
de Sacy, sont consultés par les visiteurs ou prêtés. Les responsables
de l'établissement, dit "Maison des Jansénistes", accueillaient
en effet des personnes de Saint-Etienne, de Saint-Galmier, Marols et La
Tourette. Le groupe est organisé en communauté de vie spirituelle ; le
soir, sont lus les ouvrages port-royalistes conservés dans une immense
bibliothèque. Le millier de volumes d'ordre théologique qu'elle contient
sera cédé à la ville en 1869 par la volonté de Monsieur Pierre Buisson,
dernier survivant en 1848 avec Philibert Déromas de la Maison. Cette donation
ne représentait probablement qu'une fraction "de la collection
considérable de livres qui composaient la bibliothèque du collège Notre
Dame de Grâces".
Ce jansénisme populaire,
soutenu par les curés partisans de l'Oeuvre des convulsions, subira une
ultime épreuve, celle du refus de sacrements aux appelants. Cette privation
était entraînée par l'exigence de billets de confession qui témoignaient
de l'acceptation de la bulle Unigenitus. Monique Cottret a montré
comment les jansénistes, à nouveau humiliés par ces refus, apparaissaient
comme des victimes. Le scandale des billets de confession qui atteint
à Paris son paroxysme entre 1749 et 1754, se développera dans le Forez
avec le décalage habituel, dans les années 1810-1820. Il est patent dans
les paroisses où les curés restaurateurs de l'orthodoxie relèvent des
curés jansénistes. A Saint-Bonnet-le-Château, le curé Rousset exige à
la table de communion des billets de confession (1814) ; Gruffard, curé
de Saint-Galmier, ne donne les sacrements que si l'on condamne Jansénius
et Quesnel (1808). Grivel, desservant d'Aveizieux, puis son successeur
Bochut, demandent de renier Jacquemont et sont l'objet de plaintes (1808
et 1813). Les mêmes prêtres, en général, pratiquent le refus des derniers
sacrements et, dans sa suite, celui de la sépulture ecclésiastique. Jacquemont,
en 1831, avance que plus de soixante de ses anciens paroissiens ont été
exclus de l'Eglise par son successeur Barou. Jacquemont en 1835 et Madame
de la Rivoire, en 1820, seront privés de sépulture ecclésiastique. Le
corps de Jacquemont restera à la porte de l'église de Saint-Médard ; toutefois,
le curé janséniste Peurière prononcera l'éloge funèbre de la seconde comme
il assistera plusieurs pensionnaires de la Maison des Jansénistes. Le
curé de La Tourette, Chavane, instruit par les oratoriens de Notre Dame
de Grâce sur les ouvrages de Port-Royal et de Duguet, et si aimé de ses
paroissiens, refuse devant le curé de Rousset de changer de sentiments
sur le formulaire et sur la bulle. Brunel, Charreireau et Poissy se substituent
au curé Rousset pour lui accorder les derniers sacrements en 1804.
Le tableau final du jansénisme
se déduit de l'exposé de ces refus ecclésiaux, et des querelles internes
sur l'Oeuvre des convulsions, sur l'efficacité du Concordat et les voies
de rétablissement d'une Eglise proche des premiers temps apostoliques.
Non seulement, les forces jansénistes se fragmentent, l'unité de pensée
sur les manifestations de la volonté divine et l'attente des derniers
temps se disloque au gré des condamnations théologiques et des sanctions
sacramentaires, mais surtout l'éloignement de fait de l'Eglise officielle,
visible, de sa liturgie propre, de ses desservants, de ses sources doctrinales
a durement appauvri le mouvement de Jansénius. B. Laurent et Michel-Chantin
ont exploré en partie ces multiples sociétés jansénistes, Margouillistes,
Bleus de Charlieu, Béguins, Pinélistes... qui s'ignorent tout en se rejoignant
parfois dans leurs attentes et leurs rites. Tout au moins, le jansénisme
ultime s'est réfugié dans la célébration en privé du culte, dans des réunions
de prières où la lecture de la Bible et de témoignages de convulsionnaires
et les cantiques gallicans ont une place déterminante. Mais des ferments
de foi en la grâce et la prédestination unissent encore les derniers descendants
de Port-Royal. Le sentiment janséniste s'est principalement enfermé dans
l'intimité des consciences et la proximité des relations familiales. Récemment
une jeune femme m'a été adressée pour obtenir des explications sur l'irréversibilité
de l'attachement au jansénisme de son père mort en 1990 dans la région
de Chalmazel, et sur l'effroi obsessionnel de sa grand-mère pour son image
corporelle. Fallait-il reprendre la longue genèse du jansénisme en Forez
déclinée ici ou simplement lui rappeler le credo de Jacquemont : "Faites
que je meure tous les jours au monde et à moi-même, que je regarde mon
corps comme une prison, la terre comme un lieu d'exil et le ciel comme
ma patrie". Du temps de Benoît Laurent, il restait du jansénisme
des attaches, des sympathies et l'appréhension de la communion fréquente.
Diapos n° 23 - 24 - 25
- 26 : Le Tombeau des jansénistes

Aujourd'hui, dans notre ville,
demeure le culte du père Popin pratiqué lors de toute institution, tourné
vers des attentes pragmatiques, réussite familiale, décrochement d'un
emploi, allégement du surendettement, mais aussi l'espoir de guérison,
la résolution de problèmes de santé, comme peut en contenir le papier
que vous apercevez sur la dernière diapositive. L'intercession passe toujours
par la religiosité populaire au moyen de cierges de dévotion, d'une statuaire
mariale naïve, d'ex-voto.

Conclusion
Le jansénisme en Forez a
plusieurs histoires entremêlées qui parfois se télescopent, se contredisent
même en apparence. L'irrationnel de la religion côtoie l'augustinisme
le plus raffiné. Cette évolution demeure dominée par le débat théologique
et port-royaliste, ou par son souvenir, sur la grâce et la prédestination.
Les cantiques funéraires béguins rappellent l'austérité de la vie sur
terre mais aussi la toute puissance de Dieu et le bonheur éternel des
élus. Défait sur le terrain doctrinal, le jansénisme va s'affirmer sur
le plan moral par l'ascèse de vie de ses apôtres, de ses sectateurs et
par un style de spiritualité qui voulait restaurer les valeurs de l'Eglise
primitive. Dans l'histoire des religions, il a illustré un temps fort
pour la revendication du droit de libre examen et de la liberté de conscience
et il a inauguré la quête du salut individuel après le règne de la mystique
d'appartenance au corps de l'Eglise universelle.
SOURCES
1 - Sources manuscrites
:
Archives départementales
de la Loire :
. Série M - 1M439 - Affaire
Digonnet, secte des Béguins 1846-1852
. Fonds Chaleyer, manuscrits
- n° 577 - Saint-Victor-sur-Loire : manuscrits jansénistes
Bibliothèque municipale de
Saint-Etienne :
. Mémoire instructif concernant
l'Académie de Notre-Dame de Grâces en Forest, dont on fera l'ouverture
à Pâques de l'année 1760, Lyon, 1760
. Ms n° 80 - Antoine Thiollière
: Histoire de la ville et de l'église paroissiale de Saint-Etienne
en Forez, 1791, 732 pages
. Ms n° 140 - Jacques Taveau
: Vie de M. François Jacquemont, curé de Saint-Médard-en-Forez, suivie
d'un essai et étude historique sur la vie et les écrits de Maître Jacques-Joseph
Duguet, de Montbrison, 1868.
Société archéologique et
historique de la Diana :
. Thèses théologiques
soutenues le 27 juillet 1786 par Jean-Baptiste François Bennevent, clerc
tonsuré de la ville de Saint-Etienne-en-Fores. - Lyon : Delamollière,
1786.
Archives départementales
du Rhône :
. 1G47 : Visites pastorales
du diocèse de Lyon, 1613-1614.
Bibliothèque municipale de
Lyon :
. Les Nouvelles ecclésiastiques
de 1728 à 1760 et Table raisonnée et alphabétique, tome I.
. Cote 363391 - Pierre Crespe
: Notion de l'Oeuvre des convulsions et des secours par rapport à ce
qu'elle est dans nos provinces du Lyonnais, Forez, Mâconnais. - Lyon,
1788.
2 - Sources imprimées
:
Bibliothèque nationale de
France :
. L3d 147 - Jean Baptiste
Gautier : La vie et les lettres de Messire J. Soanen. - Cologne,
1790 - 2 vol. ; 4°.
. L4d1884 - Madame Duguet-Mol
: Journal historique des convulsions du temps. - s.l., s. d. <24
juin 1733>.
Bibliothèque municipale de
Lyon :
. Mandement de Monseigneur
l'Archevêque de Lyon au sujet de la Constitution Unigenitus. - Lyon
: Pierre Valfray, 1718.
Bibliothèque municipale de
Saint-Etienne :
. Camelin, Joseph : Les
prêtres de la Révolution. Répertoire officiel du clergé schismatique de
Rhône-et-Loïre (Avril 1791 - Octobre 1793). - Société des bibliophiles
lyonnais, 1944.
BIBLIOGRAPHIE
1 - Ouvrages généraux
:
. Cognet, Louis : Le jansénisme.
- P.U.F., Que sais-je ? n° 960, 1991.
. Cottret, Monique : Jansénisme
et lumières. - Albin Michel, 1998.
. Delumeau, Jean : Le
catholicisme entre Luther et Voltaire. - Paris : P.U.F., 1977.
. Hildeheismer, Françoise
: Le jansénisme en France au XVIIe et XVIIIe siècles. - Publisud,
1994.
. Le Roy Ladurie : Saint-Simon
ou le système de la Cour. - Paris : Fayard, 1997.
. Maire, Catherine : De
la cause de Dieu à la cause de la Nation. - Gallimard, 1998.
. Jansénisme et Révolution.
- Chroniques de Port-Royal, Bibliothèque Mazarine, 1990.
2 - Ouvrages sur le jansénisme
dans la région :
. Broutin, Auguste : Notice
historique sur les Oratoriens de Notre Dame de Grâces et les ermites du
Val-Jésus. - Lyon, 1871.
. Vanel, Jean-Baptiste :
Les débuts oratoriens de Massillon à Lyon. - Lyon : Mougin-Rusand,
1886.
. Abbé J. Prajoux : Notes
et documents sur Chambles. - Saint-Etienne, Chevalier, 1897.
. Galley, Jean-Baptiste :
Saint-Etienne et son district pendant la Révolution. - Saint-Etienne,
1905, tome I.
. Latreille, Camille : La
petite Eglise de Lyon. - 1910.
. Signeurin, Charles : Histoire
de Notre-Dame de Grangent. - 1924.
. Benoît, Laurent : L'Eglise
janséniste du Forez. - Saint-Etienne, 1942.
. Benoît, Laurent : En
Forez, les Béguins. - Saint-Etienne, 1944.
. Michel-Chantin, Jean-Pierre
: Les Amis de l'Oeuvre de la Vérité. Jansénisme, miracles et fin du
monde au XIXe siècle. - Presses Universitaires de Lyon, 1998.
Krumenacker, Yves : Du
jansénisme à la secte. Vie de Monsieur Claude Germain, curé de Lacenas
(1750-1831). - Publisud, 1998.
3 - Articles sur le clergé
et le jansénisme en Forez :
. Aventurier, Gérard : Bibliothèques
religieuses et jansénisme en Forez dans "Bulletin de La Diana",
tome LIV, n° 6, 1995.
. Aventurier, Gérard : Naissance
du jansénisme en Forez : du couvent au presbytère dans "Bulletin
de La Diana", tome LVI, n° 2, 2ème trimestre 1997.
. Aventurier, Gérard et Grange,
Marie : Une donation d'ouvrages jansénistes en 1744 à une paroisse
de Montbrison dans" Bulletin de La Diana", tome LVII, n°
2, 1998.
. Berger, Gérard : Jansénisme,
intolérance et raison d'Etat : regards sur l'apostolat de François Chavane,
curé de La Tourette (1749-1804) dans "Bulletin du Centre d'Histoire
régionale", Université de Saint-Etienne, 1993-1994, pp. 39-56.
. Boy, Charles : La Maison
des Jansénistes dans "Le Mémorial", 3 décembre 1920.
. Brun, Jean-M. : De l'observance
à la dissidence : le couvent des "grandes Ursules" à Montbrison
dans "Etudes d'Histoire", Centre de recherche historique de
l'Université de Saint-Etienne, 1997, pp. 33-61.
. Chretin-Brison, Lucien
: Le Béguinisme.
. El Hadjé Kervévan, Centre
André Latreille, Lyon III : L'état moral du clergé Forézien vers 1650-1789
dans "Religion et Société" sous la direction de Jean-Pierre
Guitton, Presses Universitaires de Lyon, 1985.
. Gadille, Jacques : Le
Jansénisme populaire : Ses prolongements au XIXe siècle : le cas du Forez
dans "Etudes Foréziennes, vol. VII, Centre d'Etudes Foréziennes,
Saint-Etienne, 1975, pp. 157-167.
. Maurel-Segara, Franck :
L'Académie des oratoriens de Notre-Dame-de-Grâces-en Forest dans
"XVII et XVIII en Forez (1660-1770)", Liger, 1992.
. Michel-Chantin, Jean-Pierre
: Culture populaire et mémoire sélective : le "Tombeau des Jansénistes"
à Saint-Etienne dans "Cahiers d'Histoire" des Universités
de Lyon, Saint-Etienne, Grenoble, Chambéry, tome XLI, n° 4, 1996.
. Rostagnat, M. L. : Les
visites pastorales de Mgr Camille de Neufville dans le diocèse de Lyon
au XVIIe siècle dans "Cahiers d'Histoire locale", tome V,
1960-1961.
. Abbé Vanel, J. B. : Une
entreprise funèbre de thaumaturgie populaire dans "Bulletin historique
du Diocèse de Lyon", 1924 et 1925.
Bulletin des Amis du Vieux
Saint-Etienne :
. Combe Jean : ... où
vous verrez le petit Bon Dieu des Béguins faire son entrée à Saint-Jean
Bonnefonds dans "Bulletin du Vieux Saint-Etienne", 1967,
n° 67, pp. 9-11.
. Combe, Jean : La Croisade
manquée des Béguins au Mont Pilat (Brumaire An III) dans "Bulletin
du Vieux Saint-Etienne", 1976, ,° 104, pp. 90-94.
. Patrimoine : Le tombeau
des jansénistes au Crêt de Roch dans "Bulletin du Vieux Saint-Etienne",
1997, n° 186, pp. 61-62.
A paraître : Aventurier,
Gérard : Saint-Etienne : un barrage contre le jansénisme de la plaine
dans "Bulletin du Vieux Saint-Etienne", 1999.
©
BR/AVSE 08/1999
MISE
A JOUR : 05.08.1999 - corrigé le 07.10.99/18.01.2000 - 14.087.2002
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