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mise à jour : 13.06.2004 / BR

Dossier :

Histoire du Jansénisme en Forez ...

 

Conférence donnée le 17 avril 1999

aux Amis du Vieux Saint-Etienne par

Gérard AVENTURIER

     
    Introduction : Jansénisme et mémoire collective
    I - Le jansénisme théologique : la théologie de la grâce et du salut
    II - Condamnation des cinq propositions de Jansénius
    III - La Fréquente communion
    IV - Le premier jansénisme dans le Forez
    V - La bulle Unigenitus et l'exil de Soanen
    VI - Les ordres religieux en Forez face à la bulle
    VII - Le jansénisme en Forez ... du couvent au presbytère
    VIII - La troisième phase du jansénisme ... le jansénisme convulsionnaire
    IX - Un jansénisme national finissant ... un jansénisme régional relancé
    X - Le jansénisme forézien à l'épreuve de la Révolution et du Concordat
    Conclusion
    Sources et bibliographie

 

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Préambule : Jansénisme et mémoire collective

Le jansénisme, aujourd'hui, n'éveille que quelques souvenirs scolaires, brouillés et ennuyés. Suscite-t-il des échos dans l'histoire des religions qui commence à être revisitée ? Pourtant, il n'est pas présomptueux de demander à une société passionnée par la connaissance du passé quand a paru dans son bulletin le dernier article relatif au jansénisme. Il remonte à avril 1997 et avait traité du "tombeau des jansénistes au Crêt de Roc", en présentant un article paru dans les Cahiers d'Histoire des universités de Lyon, Saint-Etienne, Grenoble et Chambéry sous la signature de Jean-Pierre Michel-Chantin.

Diapo n° 1 - Le tombeau des Jansénistes (vue générale)

Vous voyez ici un monument en style de temple grec soutenu par des colonnes jumelles et fermé sur trois côtés. Jusqu'en 1914, sans murs latéraux, l'édifice laissait s'éteindre les cierges de dévotion. Situé dans l'îlot n° 4, à trente mètres de l'entrée du cimetière, il contient les corps

Diapo n° 2 - Rocher - Popin

d'Alexandre Rocher, mort en 1821, du père Antoine Popin, prêtre aussi de l'Oratoire, mort en 1823 et non en 1821,

Diapo n° 3 - Popin - Blachon - Poissy

le corps du prêtre-sociétaire de la Charité de Saint-Etienne, Antoine Blachon, mort en 1830, le père Jean Georges, dit Poissy, mort en 1833, Marguerite Mirandon, morte en 1842, directrice de l'Ecole des sourds-muets. Trois autres noms de jansénistes n'ont pas été réinscrits lors de la première réfection en 1885 : Philibert Déromas, neveu de Poissy, Mademoiselle Robert de la Tourette, Marguerite Meynard de Saint-Victor-sur-Loire. Ce qui unit ces huit personnes, c'est leur attachement au jansénisme et elles ont toutes servi "La Maison des Jansénistes" ou l'Ecole des sourds-muets qui lui a succédé ; ils ont résidé dans leurs bâtiments, rue Tarentaize, à Saint-Etienne, entre 1804 et 1842. Jean-Pierre Michel-Chantin, auteur de l'article "Culture populaire et mémoire sélective : le "Tombeau des Jansénistes à Saint-Etienne" se demande pourquoi ce lieu cultuel n'est dévolu qu'au père Popin comme l'attestent les ex-voto. Connaît-on encore "l'engagement spirituel du père Popin ?" peut-on se demander avec Michel-Chantin.

Diapo n° 4 - Remerciements au père Popin

Quelle relation les visiteurs de cette tombe entretiennent avec le jansénisme ou son souvenir ? Lorsqu'on les interroge sur place, ils sont capables de vous orienter si on leur demande la tombe du père Popin, mais pas quand on les consulte sur l'emplacement du "Tombeau des jansénistes". Le jansénisme en Forez avait pourtant touché le clergé régulier (regulus = règle), c'est-à-dire Popin, Poissy, Rocher, les trois anciens oratoriens de Notre-Dame-de-Grâce, un prêtre séculier (seculus = qui vit dans le siècle), Blachon, et trois laïcs, adeptes du jansénisme populaire.

Et dans les journaux parle-t-on encore de jansénisme ? Seulement, à l'occasion d'un événement exceptionnel, comme lors de la sortie de la thèse de Catherine Maire ; "De la cause de Dieu à la cause de la nation. Le jansénisme au XVIIIe siècle", dans "L'Express " du 26 mars 1998. Surtout, un article sur le jansénisme régional a paru dans un journal national "Le Monde" des 11 et 12 février 1996. Le travail du même spécialiste Michel-Chantin, auteur d'une thèse en 1994 sur la permanence du jansénisme convulsionnaire, a visiblement inspiré cet article, "Trois filles de Port-Royal", avec un sous-titre explicité : "Dans le Forez et à Lyon, des jansénistes et des convulsionnaires continuent à observer leur religion sans l'absolution du Vatican". Les trois filles de Port-Royal, en l'occurrence, ont le visage des fareinistes, des jansénistes de Fareins, bourgade à quelques kilomètres au nord est de Villefranche-sur-Rhône. Adeptes du curé de cette paroisse en 1787, François Bonjour, ils sont appelés encore "bonjouristes" ou "margouillistes" ; leur dernier disciple s'est éteint en 1968. Second rameau : à Lyon, il resterait trois cents descendants des "Amis de la vérité" auxquels on associe l'appellation de "Petite Eglise de Lyon". Dernière branche : les béguins de Saint-Jean-Bonnefonds, près de Saint-Etienne et établis au hameau du Petit-Culty. Leur nombre actuel demeure une source de conjectures : sont-ils plus ou moins de quarante ? Ils se déclarent catholiques apostoliques non romains. On les rattache à la "Petite Eglise du Forez". La mention d'une église séparée, fractionnelle, ne convient pas à des jansénistes qui pensent que leur religion relève de l'Eglise universelle.

Autre prospection : connaissez-vous le dernier livre paru sur le jansénisme dans le Lyonnais ? Il s'agit d'une biographie du curé janséniste de Lacenas, à cinq kilomètres à l'ouest de Villefranche, Claude Germain, qui vécut de 1750 à 1831. Il est l'oeuvre de l'autre spécialiste du jansénisme régional, Yves Krumenacker, professeur aussi à Lyon III. Le titre principal de l'ouvrage paru en 1998, "Du jansénisme à la secte", peut susciter la polémique... que dissipe d'entrée l'auteur. Refusant de s'avancer sur un terrain piégé, il rejette toute comparaison avec le phénomène actuel des sectes, "entreprises souvent douteuses de déstructuration des personnalités". Le mot secte, appliqué à ce jansénisme du XIXe siècle, doit être pris dans son sens sociologique, cest-à-dire de "groupe dissident séparé de l'église établie". Ainsi, Y. Krumenacker n'a pas à préciser sa conception d'église ou l'idée de transcendance d'un Dieu se situant au-delà de tout univers sensible.

Enfin, dernier test, quelle rencontre spontanée avez-vous fait du mot "jansénisme", "janséniste" au cours de vos lectures récentes et non spécialisées ? Pour notre part, nous l'avons trouvé attaché au portrait de Marie-George Buffet, ministre des sports, sans doute à cause de la lutte purificatrice qu'elle conduit contre le dopage et de la volonté inflexible qu'elle met au service de sa cause.

Ce petit tour d'horizon sur des fragments de la mémoire collective janséniste suffit à montrer combien le jansénisme est une histoire embrouillée, comme disait Benoît Laurent. Je rappelle que son ouvrage sur le jansénisme de notre propre région, "L'Eglise janséniste du Forez", consulté et cité comme la bible en matière d'histoire révélée, date de 1942 et fait figure d'incunable puisqu'il n'est plus publié et quasiment introuvable dans le commerce. Louis Cognet, qui a écrit "Le jansénisme" dans la collection "Que sais-je ?" jugeait qu'il n'avait pas de contenu intellectuel précis. D'autres pensaient que c'est une invention des historiens ou des adversaires de jansénistes, en particulier des jésuites. Madame Sévigné se rangeait à ce dernier avis. Et les grands jansénistes eux-mêmes ont nié la réalité du jansénisme : A. Arnauld affectait de discourir du "phantôme du jansénisme", Nicole a écrit des "Lettres sur l'hérésie imaginaire". François Jacquemont, considéré comme le chef de l'Eglise janséniste du Forez, reprendra la première formule. Pourquoi est-il si difficile de définir le jansénisme ? Il a des configurations diverses selon les époques : jansénisme théologique, jansénisme politique et parlementaire, jansénisme populaire. Le jansénisme a pris aussi des aspects différents selon les mentalités locales : le jansénisme des béguins n'est pas celui des "Amis de la vérité" de Lyon. On ne peut même déclarer telle ville janséniste ou hostile au jansénisme : en 1820, Saint-Etienne était favorable à la "sainte doctrine" si l'on s'en réfère à la Maison des jansénistes ; un siècle plus tôt, la ville ou du moins son archiprêtre menait un combat intransigeant contre les jansénistes. A l'image de la diversité des jansénistes composant le tombeau du Crêt de Roc, nous étudierons ces différentes catégories de partisans de Jansénius : réguliers, séculiers, laïcs ou, plus significativement, comment le jansénisme s'est propagé du couvent au presbytère et du presbytère à la rue. Nous aurons garde de nous appuyer constamment sur l'articulation évolution nationale / physionomie locale des phénomènes jansénistes pour dégager dans le Forez ses continuités et ses spécificités par rapport à l'histoire parisienne. A cet effet, il est nécessaire de dresser une dizaine de tableaux.

 

 

Tableau n° I :

Le jansénisme théologique : La théologie de la grâce et du salut

Diapo n° 5 - Christ dit "Christ janséniste"

C'est la photo d'un christ dit "christ janséniste", exposé au Musée hospitalier de Charlieu (Loire). Nous remercions son conservateur, Madame Miguet, qui nous a autorisé à la reproduire. En fait, ce christ du XIIIe siècle ne date pas de la période du jansénisme ; il ne provient même pas d'une communauté janséniste, les soeurs de Sainte Marthe. On a appliqué à ce christ en ivoire une symbolique janséniste. Pourquoi ? Parce qu'avec ses bras dressés, fixés très haut, il représente les exigences d'un choix des élus restreint, une image de la prédestination. Par cette attitude qui récuse un accueil ouvert à la multitude, par son masque de souffrance, ce christ incarne la rigueur d'un Dieu de justice. Aussi, pour comprendre le jansénisme à sa naissance, il faut poser à côté de ce christ des élus le livre de Jansen qui va déclencher toute la querelle, l'Augustinus. En 1640, paraît l'ouvrage de Jansen dont on a retenu le nom latinisé de Jansénius. Mort de la peste en 1638, il a préparé une étude développée des fondements de la grâce et de la prédestination tels que les avait posés saint Augustin, l'évêque d'Hippone (354-430). Toute la flamme, la foi, la force du jansénisme reposent sur cet espoir en la grâce, sur l'accord de ce don de Dieu. La nature humaine, viciée par le péché originel, déchue, ne peut se relever seule ; faible, elle ne peut se sauver sans la grâce divine. Les Confessions que Saint Augustin a écrit vers 397-398 mettent en relief ce rôle majeur, incoercible de la grâce. Plus encore que des aveux, que la narration d'un passé lourd de fautes, c'est une longue prière de gratitude et de louange adressée au Dieu miséricordieux.

Ce débat sur la grâce était antérieur au livre de Jansénius. Après le concile de Trente et dès les années 1570-1580, eurent lieu des débats sur les rapports de la grâce de Dieu et du libre-arbitre de l'homme. En particulier, les jésuites dont Molina - ses partisans prirent logiquement le nom de molinistes - aviveront la querelle. C'est Baïus qui l'avait ouverte. Les jésuites soutiennent que l'on peut faire le bien avec ses seules forces naturelles, mais pour orienter ses actes dans le sens du salut, il faut le secours de la grâce de Dieu : c'est ce qu'on appelle la grâce suffisante. La grâce suffisante ne suffit pas justement pour les jansénistes. Il faut à la nature humaine déchue la grâce efficace à laquelle elle ne peut résister intérieurement. La grâce divine est une grâce de libération et de rédemption qui soumet l'homme à la puissance de Dieu en le rachetant. La grâce passe dans la volonté, y fait régner l'amour de Dieu à la place de l'amour de soi, elle incline le coeur vers une délectation purement spirituelle et donc sainte et lui fait faire tout ce que Dieu veut. C'est dans ce sens qu'il faut recevoir les paroles de saint Augustin : "Aimez Dieu et vous pourrez faire tout ce que vous voulez".

Autre caractéristique de la grâce : c'est un don libre, gratuit de Dieu. On ne l'obtient pas d'après ses mérites, ses bonnes oeuvres, la force de sa volonté. Il faut se préparer intérieurement à la recevoir. Mais la grâce n'est pas donnée à tous, par exemple aux enfants morts sans être baptisés. L'attribution de la grâce divine s'accompagne donc nécessairement des rigueurs ou, comme l'on voudra, des effets salvifiques, rédempteurs de la prédestination.

Question cruciale : s'il y a prédestination dans le salut, peut-on être voué à la damnation ? François Jacquemont, qui sera privé de cure pendant trente-deux ans, débat de cela et de toutes les questions sur le salut avec son successeur, Barou, curé de Saint-Médard-en-Forez. Chacun des deux correspondants épistolaires, amène l'autre dans ses derniers retranchements, en poussant le point de vue de son contradicteur jusqu'à la limite de la caricature. Monsieur Barou rappelle à Jacquemont que "personne n'est prédestiné à la damnation et que notre perte vient de nous". Dans un autre échange, Jacquemont lui demande : "Qu'est-ce-qui vous permet de croire que notre salut n'est pas dans les mains de Dieu ?" En 1786, Jean-Baptiste François Bénevent, clerc tonsuré de Saint-Etienne, dans une thèse théologique soutenue à Lyon devant un dominicain janséniste, le Père Caussanel, considère que "les enfants <non baptisés> sont damnés par le seul péché originel". Un journal manuscrit de Saint-Victor-sur-Loire, sans doute lu dans des réunions privées de prières, partage en 1777 les options des premiers jansénistes : "Sans son Dieu, la créature ne peut rien, elle se soumet à la volonté divine et lui demande sans cesse d'être conduite et secourue". La pérennité de ces controverses sur la nature de la grâce, sur la glorification de la puissance salvatrice de Dieu, sur la réalité de la prédestination, prouve que le débat janséniste demeure d'essence théologique, comme le pensait Jean Delumeau. Débat souvent inconciliable, insoluble puisque comme dans un système de vases communicants, exalter l'action de la grâce divine revient à nier l'affirmation du libre-arbitre humain et inversement. On ne peut que partager cette analyse de Françoise Hildesheimer.

 

 

Tableau n° II :

Condamnation des cinq propositions de Jansénius

Ces bases doctrinales posées, il est plus facile de comprendre la condamnation des cinq propositions de Jansénius, telles que "On ne résiste jamais à la grâce intérieure dans l'état de nature déchue" (deuxième proposition) et "IL y a erreur semi-pélagienne à dire que le Christ est mort et a versé son sang pour tous les hommes " (cinquième proposition). Nicolas Cornet, syndic de la Sorbonne chargé en quelque sorte d'examiner l'orthodoxie des oeuvres, a demandé la condamnation de cinq propositions du livre de Jansénius. C'est le résultat qui fut obtenu progressivement et entièrement par une cascade de bulles : In eminenti (1642), Cum occasione (1653), Ad sacram (1656) et Regiminis apostolici (1665). En effet l'examen des erreurs de Jansénius se compliquait avec l'introduction du point de vue du droit et du fait. La question du droit était de savoir si ces propositions étaient bien erronées, la question de fait de juger si elles avaient été bien formulées par l'évêque d'Ypres.

En 1661, Louis XIV, en arrivant au pouvoir, reprend personnellement la lutte contre le jansénisme. La signature du formulaire d'Alexandre VII qui correspond à l'esprit des dernières bulles est prescrite. Le pouvoir va s'attaquer à un bastion symbolique du jansénisme, Port-Royal, défendu par des théologiens comme Arnauld et Nicole, anobli par des dévotes mondaines comme la princesse de Guéméné, les marquises de Sablé et d'Aumont, les duchesses de Longueville, de Luynes, de Liancourt, honoré par des "Solitaires" comme Saint-Cyran (Duvergier de Hauranne), Lemaistre de Sacy. Un siècle après, les jansénistes de Saint-Victor-sur-Loire honorent la mémoire de "la bienheureuse Mère Angélique de Saint-Jean", nièce de la grande Angélique Arnauld et supérieure de Port-Royal à la mort de celle-ci en 1661. En 1664, les religieuses de Port-Royal sont privées de sacrement pour avoir revendiqué la clause du fait. Elles signent en 1669 le formulaire. Leurs novices sont expulsées dix ans plus tard ; l'abbaye dépérit. Louis XIV convaincu que Port-Royal formait la base d'un parti d'opposition et d'autre part mal conseillé par Madame de Maintenon, fait raser l'établissement en 1709 (Le père François d'Aix, La Chaise, né au château d'Aix, y était défavorable). Les jansénistes, grâce à leur trésor, "la Boîte à Perrette", rachèteront les ruines.

 

 

Tableau n° III :

La Fréquente communion

Vous avez entendu parler par vos grands-parents, de membres de vos familles ou de voisins qui mettaient un veto sinon à la communion privée, à la première communion, du moins à sa célébration à un âge prématuré. Au XVIIIe siècle, la majorité des enfants faisaient leur première communion entre douze et quatorze ans. Les jansénistes préconisaient une communion tardive entre seize et dix-huit ans, à l'âge mûr. Ces dispositions ne sont pas sans relation avec la pratique de la communion par les jansénistes. Le titre "De la fréquente communion" qui est celui de l'oeuvre la plus célèbre du grand Arnauld (1643) contient une dimension critique envers les jésuites, plus précisément envers le père De Sesmaisons qui avait autorisé Mme de Sablé (ou Mme de Guiméné ?), sa pénitente, à aller au bal immédiatement après la communion. Les jansénistes reprochent un tel laxisme aux jésuites. Ils s'inspirent de la pratique dite des "renouvellements" qui consiste à chasser "le vieil homme", à se dépouiller, comme dit Jacquemont, de ses mauvais penchants. C'est une démarche que Saint-Cyran avait mise au point avec les religieuses de Port-Royal. Il fallait non seulement faire preuve d'une contrition sincère, mais changer d'attitude réellement, fuir les mauvaises occasions, prier, entreprendre une purification intérieure. La pratique eucharistique requiert des délais d'absolution : dans un premier temps, le pénitent vient confesser ses fautes ; dans un second temps, après une mise à l'épreuve qui varie selon chaque cas, il revient demander et recevoir l'absolution. C'est ainsi que procède le curé de Lacenas en 1780-1790. Jacques-Joseph Duguet, le célèbre oratorien janséniste de Montbrison, jugeait que pour communier souvent, il fallait mener "une vie bien évangélique". En 1733, dans un prêche à la Grand'Eglise, le curé-archiprêtre Thévenet reproche aux jansénistes "d'exiger trop d'épreuves et trop de perfection pour communier". Le rigorisme sacramentaire des jansénistes est aussi l'occasion de souligner l'une de leurs principales orientations, leur attachement à la première Eglise. En effet, aux IVe et Ve siècles, les chrétiens se préparaient à la communion par des pénitences de plusieurs jours. Même dans ses polémiques fréquentes en 1655 - 1660 avec les protestants sur ce thème, Arnauld n'oubliait pas d'invoquer la "Tradition de l'Eglise sur le sujet de la pénitence et de l'Eucharistie". D'une façon générale, les jansénistes essayaient de restaurer l'esprit des Pères de l'Eglise et la tradition de l'église primitive.

 

 

Tableau n° IV :

Le premier jansénisme dans le Forez

Il n'existe aucune source nous autorisant à affirmer que le jansénisme de Port-Royal a atteint en Forez les ordres religieux et moins encore les paroisses et leur clergé. Au contraire, les visites pastorales de l'archevêque de Lyon, Camille de Neufville, entre 1658 et 1662, confirment l'orthodoxie du Forez. Cette "région de solides traditions chrétiennes" avait déjà donné satisfaction à Mgr de Marquemont lors de sa visite en 1614.

Le concile de Trente (1545 - 1563) avait favorisé l'image d'un clergé moralement plus digne ; à la fin du XIVe siècle, un tiers des prêtres vivait en concubinage dans les archiprêtrés de Montbrison et de Pommiers, un cinquième dans celui de Saint-Etienne. Il reste au XVIIe siècle des curés ivrognes comme celui de Saint-Genest-Lerpt, Jean Pauze, des curés souvent absents de leur paroisse comme le curé d'Arthun, Forest, amateur de chasse. Surtout l'ignorance, malgré l'activité des séminaires, demeure le fléau principal. Vers 1660, les curés de Chambles et de Saint-Paul d'Uzore, qui ne savent pas lire et n'entendent donc point le latin, sont renvoyés. Donc le clergé séculier ne pouvait être que difficilement gagné par le jansénisme théologique.

Diapo n° 6 - Notre-Dame-de-Grâce vue du carrefour de Vassalieu

 

Dans les ordres réguliers, aucune brèche favorable au jansénisme ne semble s'ouvrir. Jean Soanen, qui jouera un rôle de premier plan dans la deuxième phase du jansénisme, dirige Notre-Dame-de-Grâce, près de Chambles, de 1666 à 1669. Il n'est pas encore tenté par la doctrine de Jansénius et d'Arnauld ; il écrira simplement au supérieur en 1726 que ses anciens confrères ont "souffert pendant trois ans ses défauts".

Diapo n° 7 - Inscription de Bossuet à Notre-Dame-de-Grâce

En 1662, Bossuet évoque l'esprit tout à fait rassurant de l'ordre oratorien, aux obsèques du général François Bourgoing : "Là une sainte liberté fait un saint engagement, on obéit sans dépendre, on gouverne sans commander, toute l'autorité est dans la douceur et le respect s'entretient sans le secours de la crainte".

Pour les oratoriens de Montbrison, l'étude de leur bibliothèque, soit 932 titres déposés à La Diana, incite à penser que la spiritualité du collège, dans les années 1630-1650, avait été fortement influencée par l'esprit dévot qui exprimait son culte pour l'Incarnation et son inspiration christocentrique. Le parti dévot auquel adhéraient le fondateur de l'Oratoire, le cardinal Bérulle, Saint-Cyran, Saint Vincent de Paul, mobilisait la haine de Richelieu.

Diapo n° 8 - Rue du cloître de la Collégiale de Montbrison

Toutefois, au XIXe siècle, un historien, le Père Vanel, signale qu'en 1665 le Père Cadot, oratorien à Montbrison, avait été suspecté de jansénisme par les chanoines de Notre-Dame-d'Espérance, c'est-à-dire de la collégiale, lesquels envoyèrent à l'officialité diocésaine et à la Sorbonne quatorze propositions de Cadot qu'ils jugeaient hérétiques.

D'emblée, deux ordres écartent tout compromis avec le jansénisme : les capucins et les jésuites. Les capucins de Saint-Etienne ont enfermé comme livres interdits l'Augustinus, des bibles, dites hérétiques, sans doute Le Nouveau Testament de Mons de Lemaistre de Sacy. Les jésuites du couvent de Roanne, fondé par le père Coton en 1614, confesseur d'Henri IV, possèdent deux cent livres prohibés, "généralement faits par les Messieurs de Port-Royal". Ces ouvrages voisinaient avec les oeuvres de Pétrone, Rabelais, Ovide, Le Roman de la Rose, les Oeuvres du Ministre Dumoulin, Le Nouveau Testament par Erasme.

Le Forez n'est pas touché encore par le jansénisme. Mais la cause janséniste a déjà ses doctrinaires et ses victimes qu'on célébrera aux XVIIIe et XIXe siècles. Ainsi le livre manuscrit de prières de Saint-Victor-sur-Loire porte des litanies adressées à "Saint Jansénius, Saint Arnauld, Saint Jean de Hauranne, Saci" et à "tous les saints de Port-Royal". Remarque constante : le jansénisme prend racine dans le sillage du concile de Trente ; il ne naît pas spontanément. Sur le plan doctrinal, le concile, par opposition aux thèses protestantes, avait examiné la question de la justification du chrétien par la foi ou les bonnes oeuvres. On voit quelle voie ont suivie les jansénistes.

 

 

Tableau n° V :

La bulle Unigenitus et l'exil de Soanen

Bien d'autres luttes d'opinion eurent lieu entre les jansénistes gallicans, partisans de l'autonomie de l'Eglise de France, et les jésuites, ultramontains, dépendant directement de l'autorité romaine. Mais l'axe sensible de la querelle entre jansénistes et non-jansénistes demeure l'opposition doctrinale sur le caractère de la grâce, avec un débat sur "le silence respectueux envers le fait de Jansénius" dans les années 1703-1710. Dans ces années, ce sont les critiques adressées à l'ouvrage de Pasquier Quesnel, "Les Réflexions morales sur le Nouveau Testament" et les atermoiements de l'archevêque de Paris, Louis-Antoine de Noailles, qui amènent Louis XIV à demander à Clément XI une bulle de condamnation. Le pape qui prévoyait que cette bulle entraînerait beaucoup de divisions en France finit par la signer le 8 septembre 1713. Louis XIV reçut la bulle Unigenitus Dei Filius à Fontainebleau au matin du 25 septembre avec le soulagement de sa confiance dans son application. Dès sa réception, le chancelier de France, d'Aguesseau, prédit que la Constitution Unigenitus serait le chemin de croix non seulement des théologiens, mais aussi des monarques. Elle condamnait cent une propositions des Réflexions morales. Pas moins de vingt-deux adjectifs, "hérétiques, schismatiques, impies, malsonnantes... dénoncent les propositions de Quesnel sur la grâce irrésistible, la prédestination, les deux amours. Or dès 1671, Quesnel avait publié l'essentiel de cet ouvrage sans éveiller les critiques. Le Roy Ladurie précise dans Saint-Simon ou le système de la Cour que le Père La Chaise, confesseur de sa Majesté et mort en 1709, avait toujours sur sa table les Réflexions de Quesnel. La bulle a restitué en principe textuellement les propositions de Quesnel pour ne pas encourir de réserves sur le fait.

Le nouvel archevêque de Lyon, François de Neuville, donne en 1715 un mandement préventif qui défend aux fidèles "de parler, d'enseigner, d'écrire" sur les cent une propositions condamnées. Mais son second mandement, donné à Saint-Etienne le 24 septembre 1718, prend un ton menaçant, interdisant d'interjeter appel de la bulle, c'est-à-dire de demander la réunion d'un futur concile. En effet, entre temps, le 5 mars 1717, quatre évêques, les évêques de Sénez, Montpellier, Mirepoix, Boulogne, ont déposé à la Sorbonne un acte notarié par lequel ils appellent de la bulle Unigenitus en réclamant un concile général. L'évêque de Sénez, Jean Soanen, ancien professeur à Notre-Dame-de-Grâce, conduit la fronde. Celle-ci, en application des Quatre-Articles de 1682, exige que le concile, composé d'évêques et de théologiens, décide de cette question de doctrine et de discipline. Une lettre de cachet relègue quatre opposants dans leurs diocèses. Environ, cent douze évêques acceptent la bulle, une quinzaine la refuse.

En 1726, Soanen prend à parti les évêques acceptants dans une instruction pastorale. Le cardinal Fleury s'indigne ; un concile provincial est tenu à Embrun le 16 août 1727. Soanen est condamné et exilé par lettre de cachet à La Chaise-Dieu à l'âge de quatre-vingts ans. Il y arrive sans avoir eu le temps de visiter ses amis de l'Oratoire de Montbrison et de s'en excuser par lettre, "devant se rendre sans retardement aux ordres du Roi". Il s'adonne à une activité dévorante, correspond avec l'évêque de Clermont, Massillon, ancien professeur au collège oratorien de Montbrison, fonde une maison de charité, dort cinq heures par nuit. De son "affreux désert" comme il l'appelle, il écrit aux oratoriens de Notre Dame de Grâce et de Montbrison. L'autorité épiscopale de Lyon enquêtera sur les visites qui lui sont rendues pour dissuader en particulier le clergé régulier de subir son influence doctrinale et les effets de sa détermination personnelle. Soanen meurt à quatre-vingt-quatorze ans le 25 décembre 1740. Les jansénistes de Saint-Victor placeront la célébration de Noël sous son patronage. L'historien, Pierre Gaxotte, jugera l'exilé de La Chaise-Dieu "comme un vieillard entêté et batailleur, qui n'avait pour lui que d'être un saint". Ses amis, par contre, loueront son inflexibilité comme le signe de la justesse de sa cause, sa rectitude morale, son ardeur apologétique.

 

 

Tableau n° VI :

Les ordres religieux en Forez face à la bulle

Capucins et jésuites, nous l'avons vu, suivent sans réserve l'Eglise et approuvent la bulle, en engageant le combat contre ces opposants comme le capucin, Paul de Lyon. Définiteur provincial, chargé de fixer les orientations doctrinales, Paul de Lyon exercera un véritable magistère moral et intellectuel sur son ordre dans la région. Il proposera même de soustraire les jansénistes à toute juridiction spirituelle, en somme l'éviction de ceux qu'il appelle "les nouveaux hérétiques". Des chartreux de province dont des bénédictins de Saint-Maur, les joséphistes de Lyon, les pères de la Doctrine de la Foi, une fraction des dominicains et une partie notable des oratoriens s'opposent à la signature de la bulle demandée par Philippe d'Orléans en 1722. En fait, il y a trois sortes d'attitudes : les signataires de la bulle et du formulaire, les acceptants ; ceux qui refusent de signer ; ceux qui poussent leur rejet jusqu'à faire appel de la bulle et essaient de la faire rapporter, c'est-à-dire les appelants. Deux prêtres oratoriens sur cinq signent les appels de 1717 et 1718 ; un sur cinq apporte son soutien à Soanen lors de ce que les jansénistes appellent le "brigandage d'Embrun".

Dans le Forez, il y a eu sans doute incubation du jansénisme, peut-être à partir des années 1706-1710, plus sûrement sous l'effet du tropisme oratorien à partir de 1715-1717, en réaction contre la bulle Unigenitus.

Diapos n° 9 - 10 - Emplacement du collège des oratoriens de Montbrison

Le collège des oratoriens de Montbrison s'étendait en partie sur cet emplacement. Sur la diapo (n° 11), l'aile parallèle à celle-ci contenait la chapelle du collège. En 1780, il accueillera cent quarante élèves. Des noms connus du jansénisme y ont fait leurs études : Duguet, le père Popin, François Jacquemont. Pour la période qui nous intéresse à présent, 1725-1730, l'enseignement comprend les classes de sixième, cinquième, quatrième, troisième, seconde, rhétorique, philosophie. En 1726, "pour apaiser l'orage qui le menaçait", le collège supprime de lui-même sa chaire de théologie. Ensuite, plus d'un enfant de la région ira, comme Jacquemont, continuer ses études à Lyon dans l'établissement de Notre Dame du Confort, place des Jacobins, chez les dominicains de sensibilité janséniste, et terminer sa théologie au séminaire des Joséphistes, rue du Garet, près de l'hôtel de ville. Le pensionnat et le collège des joséphistes sur la rive droite de la Saône à deux kilomètres de Lyon - F. Krumenacker a retrouvé cette implantation - seront fermés de 1729 à 1748. Un polémiste dissimulé sous le cryptonyme de Joram, dénonce "les thèses soutenues au séminaire des prêtres de Saint-Joseph de Lyon". Il s'indigne en 1718 de l'usage que font ces joséphistes de la notion de prédestination et de la réprobation. Les oratoriens montbrisonnais sont moins directement harcelés, mais sans doute grâce à la "vigilance" du vicaire général De Brissac, ils se voient signifier en novembre 1730 par le Conseil ecclésiastique de Lyon l'interdiction de faire des catéchismes. Les Nouvelles ecclésiastiques, journal janséniste clandestin, s'émeuvent le 7 janvier 1731 qu'on ait "voulu ôter même aux petits enfants le lait de la doctrine, qui leur était distribuée avec abondance et discernement par ces Pères".

Diapo n° 11 - Vue générale de Notre Dame de Grâce

L'orage va surtout s'abattre sur Notre-Dame-de-Grâce-en-Forest. Dès le 22 mars 1726, Soanen l'assure qu'il prend part "à ses amertumes et à ses orages". A point, va se présenter l'investigateur de service, le vicaire général de Lyon, Monsieur de Brissac, futur évêque de Condom, qui conjugue selon les Nouvelles ecclésiastiques douceur des manières et "fracas des décisions". Le 24 septembre 1729, il va poser ses bases au prieuré de Saint-Rambert-sur-Loire et faire la visite complète du diocèse pour reconnaître les partisans de l'hérésie janséniste "principalement suivie par les prêtres de l'Oratoire". Aussi, les oratoriens de Notre-Dame-de-Grâce n'auront pas de rentrée scolaire à assurer le jour de la Saint Luc, le 18 octobre 1729. Les Nouvelles ecclésiastiques précisent que "les pensionnaires du collège de Notre Dame de Grâces, dans le Forez, sont chassés par lettre de cachet et on a fait défense aux pères de l'Oratoire de Montbrison d'en recevoir". Le collège de Notre-Dame-de-Grâce restera fermé plus de trente années, de 1729 à 1760.

"Toute la jeune noblesse du Forez s'y donnait rendez-vous" selon Auguste Broutin, historien du XIXe siècle qui ne dissimule guère sa préférence pour cet établissement. En 1727, un oratorien, le Père Bailly ne lui attribue que trente pensionnaires et dix "aubergeons", élèves pauvres logés autrefois à l'auberge voisine où faisaient halte les parents des élèves. Broutin, lui, estime que la taille des bâtiments pouvait permettre aux prêtres et confrères de l'Oratoire d'accueillir quatre cents élèves.

Diapos n° 12 - 13 - Vue nord de l'église actuelle de Notre-Dame-de-Grâce

Nous empruntons la description topographique de "l'Académie de Notre-Dame-de-Grâce" à l'article si précis de Franck Maurel-Segara, "L'académie des oratoriens de Notre-Dame-de-Grâces en Forest", paru dans l'ouvrage de la Liger, "XVII et XVIIIe en Forez - 1600 - 1770". Grâce à un plan retrouvé aux Archives nationales, F. Maurel situe :

- au nord, les bâtiments des élèves (salle de classe, dortoirs, réfectoire, chapelle fondée en 1607 par Vital de Saint-Pol qui "est encore visible et fait partie de l'église des Oratoriens, à droite près du choeur".)

Diapos n° 14 - 15 - 16 - 17 - Vues ouest de l'église

- au sud trois corps de bâtiments à deux étages (église, bibliothèque, cuisine). La bibliothèque correspondait à la superficie d'une vingtaine de chambres. Dispersée à la Révolution, elle ne compte plus que quelques titres portant l'ex-libris de l'établissement et disséminés dans les fonds anciens de la région. Nous en avons retrouvé une dizaine : les "Nouvelles ecclésiastiques" que Poissy emportera à la "Maison des jansénistes" et d'autres ouvrages, de tonalité janséniste ou bérullienne, comme les Lettres chrétiennes et spirituelles de Saint-Cyran. Nous avons retrouvé également un livre de la bibliothèque des élèves "ad usum convictorum" pour laquelle "Messieurs les Pensionnaires" versaient un écu de trois livres. Le livre, Histoire des Juifs de Flavius Josèphe d'après la traduction d'Arnauld d'Andilly (édition de 1744), présentait des plats dégradés par des tracés à la pointe.

- une troisième série de bâtiments destinés à l'agriculture et au travail artisanal (granges, forges, cuvage, menuiserie...).

En 1792, le collège est fermé, ses biens séquestrés, ses bâtiments vendus en 1794 au citoyen Pierre Montchal pour 330000 livres.

D'autres ordres religieux sont divisés sur la querelle du jansénisme, comme les camaldules dont le berceau était italien et qui étaient faiblement représentés en France. Les oratoriens de Notre-Dame-de-Grâce avaient remplacé en 1620 des camaldules qui construisirent, à peu de distance de leur établissement et à la demande de Vital de Saint-Pol, seigneur de Vassalieu, un ermitage. Deux camaldules jansénistes passeront par cet ermitage du Val-Jésus et connaîtront un dessin contrasté. Le père Pacôme Gillotin, prieur du "Val-Jésus en Forez" en 1716, se mobilise d'abord pour faire recevoir la bulle Unigenitus, mais la majorité de son ordre est d'opinion contraire. Rétrogradé simple religieux, il change de position, et pour son malheur, sa congrégation également. Finalement, il meurt exilé à l'île de la Chauvette, en 1743, persévérant dans son appel de la bulle. Le second camaldule, Jérôme Grandjean, accepte d'abord la bulle en 1727, puis retire son consentement. Exilé au Val-Jésus où les camaldules lui refusent la confession et le laissent à la porte de l'église pendant les offices, il révoque son appel et accepte la bulle comme article de foi. Malheureusement, devenu prieur de Bessey, il change selon les Nouvelles ecclésiastiques cette maison de solitude en maison de débauche. Il la transforme en cabaret pour les paysans des environs en servant lui-même les ivrognes pendant les fêtes de Pâques de 1743.

Pour illustrer la suspicion développée contre les jansénistes, narrons l'incident picaresque qui se produit à la maison des capucins de Saint-Etienne, au clos Thibault, à Tarentaize aujourd'hui. Un prêtre sociétaire, du nom de Joseph Antoine Ronzil, est chargé de prêcher l'octave qui célébrait la canonisation du capucin Félix de Cantabrice. "Infecté d'un jansénisme agressif et virulent", le prédicateur se servit de termes offensants contre les capucins "qu'il ne pouvait avoir puisés que dans les livres prohibés, odieux à la religion", estime Antoine Thiollière, ancien prêtre sociétaire de l'église paroissiale de Saint-Etienne et auteur en 1790-1791 de l'Histoire de Saint-Etienne et de l'église de Saint-Etienne-en-Forez. La question que vous pouvez vous poser maintenant est de savoir si le jansénisme s'est étendu, en Forez, des réguliers aux séculiers, des couvents aux paroisses.

 

 

Tableau n° VII :

Le jansénisme en Forez - Du couvent au presbytère

Les historiens du jansénisme en Forez s'accordent pour faire remonter un mouvement organisé aux années 1770. Benoît Laurent situe en 1762 le premier curé janséniste, Etienne Darles, chargé de la paroisse de Saint-Georges-en-Couzan, auquel Mgr de Montazet, archevêque de Lyon et favorable à l'augustinisme, avait confié l'enseignement du dogme au séminaire Saint-Charles. Le séminaire de Lyon s'opposait au séminaire Saint-Irénée tenu par les sulpiciens. Or, à l'aide des Nouvelles ecclésiastiques, nous avons pris connaissance des investigations et des mesures qui vont s'engager contre des curés foréziens jansénistes, dès 1730. Les Nouvelles ecclésiastiques circulèrent sous forme de feuilles manuscrites, puis imprimées de 1728 à 1803, sauf naturellement pendant la Révolution. Il était servi par des rédacteurs réguliers, difficiles à identifier ; le montbrisonnais Duguet renonça rapidement à sa collaboration par une lettre à l'oratorien Pinel. Atteignant six mille lecteurs, le journal janséniste disposait d'une organisation souvent vantée. Seule, une communication verticale fonctionnait dans un réseau cloisonné d'imprimeurs, de correspondants et de colporteurs. On l'a plus d'une fois rapproché du Canard enchaîné de notre époque. La sûreté de son information a été reconnue par les spécialistes de l'histoire du jansénisme, Jean Delumeau, Bernard Plongeron, Louis Cognet, Françoise Hildesheimer, Benoît Laurent... ainsi que la partialité de ses interprétations. En rendant compte des inquisitions dogmatiques lancées contre les curés foréziens, le périodique expose les sulpiciens, les ordres mendiants et principalement les jésuites à un déferlement d'aigreur et de ressentiments accumulés. Ses informations sont capables de restituer le contenu de conversations particulières, de sermons comme ceux de la Grand'Eglise de Saint-Etienne.

Le jansénisme des séculiers a commencé bien avant 1762 et va mettre face à face, dans une période resserrée entre 1730 et 1734, les curés jansénistes de la plaine du Forez et l'archiprêtré de Saint-Etienne, délégué par le vicaire général, Monsieur de Brissac. D'abord l'archiprêtre Ignace Dutour Vuliard de Saint-Nizier, curé de Saint-Etienne, chargé de défendre la rigueur de l'orthodoxie, va s'occuper du cas de Veyre, chanoine et chantre de Fourvière. Le prélat a l'imprudence de montrer à la princesse de Conti, Marie-Thérèse de Bourbon-Condé, les tableaux de théologiens de Port-Royal qu'il possède. Comme nous sommes en 1730 et que la bulle Unigenitus vient d'être déclarée loi de l'Etat, la princesse se doute que Veyre n'a signé ni le formulaire d'Alexandre VII, ni la Constitution de Clément XI. Sous l'impulsion du témoin jésuite de service, le père De Cerceau, Veyre est placé en exil chez les lazaristes de Val Fleury, près de Saint-Chamond. Sous l'influence de ces religieux et surtout de sa famille, le chantre de Fourvière change d'attitude. Il se résout à signer l'acte présenté par Dutour de Saint-Nizier contenant "la soumission aux bulles de Pie V, d'Urbain VIII, d'Innocent X, d'Alexandre VII et de Clément XI".

La résistance la plus soutenue sur le plan dogmatique est opposée par le curé Faure à Bouthéon qui refuse "de condamner de coeur et de bouche" les cinq propositions de Jansénius et les propositions de Quesnel exclues de la doctrine officielle. Le 12 février 1730, Dutour de Saint-Nizier, accompagné d'un prêtre de Saint-Etienne, Montvernet, et d'un notaire royal, se rend au presbytère de Bouthéon. L'archiprêtre interroge le curé Faure sur ses relations avec Soanen et les prêtres de Notre-Dame-de-Grâce ; il le menace de damnation. Faure est enfermé au séminaire des sulpiciens, à Saint-Irénée, à Lyon, où il sera isolé, privé d'abord de la messe, puis écarté de la communion en communauté. Sanctionné dans sa pratique de la foi, abattu, le curé Faure "est tombé" annoncent les Nouvelles ecclésiastiques et se soumet aux bulles.

Chaque curé interrogé se défend avec ses armes et selon sa personnalité. Le curé de La Fouillouse, l'ancien oratorien De Lurieu, "a beau défendre doctement sa foi". Le journal ecclésiastique affirme qu'il a été impressionné par le sort de Faure. Il est plus probable, comme nous l'a suggéré un de ses descendants qu'il a été ramené à l'orthodoxie par son environnement familial. Son frère Thomas était juge des Domaines au prieuré de Saint-Rambert ; un autre frère, Pierre avait figuré parmi le conseil de l'archevêque de Lyon ; une de ses soeurs avait été supérieure des filles de la Charité à Saint-Rambert.

Le cas le plus émouvant est celui du curé de Saint-Just-sur-Loire, très âgé, Valoux. "Il n'était point du nombre des appelants, indiquent les Nouvelles ecclésiastiques, mais il les estimait et les louait hautement". Il reste attaché à la religion de son enfance, à ce qu'il a appris au catéchisme. Le nouveau curé-archiprêtre de Saint-Etienne depuis le 25 février 1732, Pierre Thévenet, va lui rendre visite à Saint-Just-sur-Loire. "Plus recommandable par sa droiture que par sa science", aimé dans sa paroisse pour ses moeurs et son esprit de charité, Valoux ne cède pas. Il meurt à soixante-quinze ans le 15 août 1733, muni toutefois des derniers sacrements.

Il n'était pas alors le seul janséniste en Forez, comme le pensait Benoît Laurent qui avait lu et qui connaissait presque tout sur le sujet. Les pressions de leurs supérieurs amènent ces curés jansénistes à un véritable déchirement de conscience. Le curé de Saint-Martin-la-Sauveté et de Saint-Thurin, François Roche, accepte d'abord la bulle, puis en 1717 signe l'Appel, le rétracte en 1730 à l'archevêché de Lyon et enfin annule cette rétractation, c'est-à-dire meurt janséniste en 1735.

L'archiprêtré de Saint-Etienne va même passer à la contre-offensive. En 1733, le prône d'un vicaire de la Grand'Eglise a pour sujet la proposition "des deux amours". Non seulement, c'est l'objet de la proposition 44 de Quesnel condamnée, c'est aussi le thème du passage le plus célèbre de La Cité de Dieu : "Deux amours ont fait deux cités : l'amour de soi jusqu'au mépris de l'amour de Dieu, la cité terrestre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, la Cité céleste". Les Nouvelles ecclésiastiques reprochent au vicaire d'avoir pris parti contre saint-Augustin, en fait contre tout le courant augustinien. Le journal le tance pour avoir soutenu la possibilité "de faire son salut malgré l'acquisition des richesses, l'élévation aux honneurs, les visites, les divertissements, la bonne chère".

Le dimanche suivant, un autre vicaire présente comme un article de foi l'octroi de la grâce, au moins celle de la prière, qui est donnée à tous, même aux plus endurcis. C'est une des affirmations les plus offensantes pour les thèses jansénistes sur la prédestination et la grâce efficace. Nul homme, selon saint Augustin, n'est bon en lui-même et par lui-même sans le don gratuit de la grâce.

Si l'archiprêtre Thévenet est la cible privilégiée du journal janséniste, la réciproque est tout aussi forte, tant le curé de Saint-Etienne manifeste de l'aisance oratoire et semble se complaire dans la polémique. "La matière la plus ordinaire de ses instructions est la Constitution < Unigenitus> et le Jansénisme", à l'usage des paroissiens "composés en très grand nombre d'artisans qui savent à peine les premières vérités du Catéchisme". Il a soin de répéter que les jansénistes sont "des impies, des hypocrites...". Cet acharnement oratoire ne répond pas seulement à la controverse. Il a peut-être bien pour fonction cachée de prévenir les dissidences qui peuvent se dessiner parmi son clergé et des familles du quartier de la rue Roannelle ? Antoine Thiollière a beau affirmer qu'un vicaire de Dutour de Saint-Nizier, "le turbulent et impétueux "Guiot" tient des propos calomnieux. Ce vicaire est-il dans l'erreur totale quand il déclare que "la plus grande partie du clergé de Saint-Etienne était totalement infecté du sentiment nouveau de Quesnel et de Jansénius ?". Dans ce combat, Monsieur Thévenet et les pères capucins stéphanois font cause commune. L'archiprêtre "chérissait essentiellement" les pères capucins qui se virent retirer par son successeur, Jean Ducros, en 1738, "le catéchisme raisonné en forme de conférence" donnée le dimanche après-midi dans l'église paroissiale. Dans ses sermons, Monsieur Thévenet poursuivait aussi de ses foudres le diacre Pâris qu'il qualifiait de "scélérat" et les miracles qui se produisaient sur sa tombe qu'il assimilait à des "fourberies". De quoi s'agit-il ?

 

 

Tableau n° VIII :

La troisième phase du jansénisme : le jansénisme convulsionnaire

Le jansénisme va connaître un nouveau tournant en étendant son aire d'influence aux couches populaires, par des phénomènes dits "convulsionnaires", plus exactement témoins de l'Oeuvre des convulsions, et par des "entreprises de thaumaturgie populaire", pour parler comme l'abbé-historien Jean-Baptiste Vanel. Défaits sur le plan théologique et ecclésial, les jansénistes cherchèrent dans les miracles et l'oeuvre totale des convulsions la manifestation de la volonté divine et la justification de leur doctrine. Finalement, l'appel de la bulle Unigenitus ne réunira d'après Louis Cognet, guère plus de 3000 adhérents sur les quelque 100000 membres du clergé français (Krumenacker donne le double de signataires) et la carte de Préclin montre pour la région, dans la période 1725-1750, l'existence d'un groupe de 50 à 100 ecclésiastiques appelants. C'est sur la tombe de certains appelants que vont se produire les miracles accompagnés de manifestations populaires et de convulsions et que va se relancer le jansénisme.

Avant les miracles attachés à la tombe du diacre Pâris, il s'en produit sur celle d'un chanoine appelant du diocèse de Reims, Gérard Rousse. Les appelants les interprètent en leur faveur. Le diacre Pâris meurt à trente-sept ans, le 1er mai 1727. Il était demeuré par humilité dans les ordres mineurs et avait distribué sa fortune. Sur la tombe de cet homme saint, appelant et réappelant, la foule vient prier, au cimetière Saint-Médard à Paris. Des guérisons sont obtenues dès sa mort et surtout après 1730.

Fin de la première phase : Mgr de Vintimille, archevêque de Paris, les écarte comme des miracles "faux et supposés", alors que des guérisons sont attestées médicalement comme celle d'Anne Le Franc. Deuxième phase : au milieu de 1731, des guérisons s'accompagnent de tremblements corporels, appelés "convulsions", manifestations visibles de la guérison miraculeuse. Troisième phase : en janvier 1732, les autorités pensent éviter les rassemblements en fermant le cimetière : l'opinion placarde par dérision sur la porte close : "De par le Roi, défense à Dieu / De faire miracle en ce lieu". Quatrième phase : les convulsionnaires continuent leurs manifestations dans des demeures privées, et ainsi s'organise ce que l'on appelle l'oeuvre des convulsions où l'on retrouve des nobles, des magistrats et le frère de Voltaire.

1 - Les miracles sont pour les convulsionnaires un signe de la volonté de Dieu au milieu de leurs persécutions. C'est un cautionnement de leur foi et un encouragement à l'exprimer. Mieux encore, ils justifient "la foi des élus" comme le souligne Michel-Chantin dans son ouvrage "Les amis de l'oeuvre de la vérité. Jansénisme, miracles et fin du monde au XIXe siècle". Du point de vue humain, matériel, les jansénistes cherchent à faire certifier la réalité de ces miracles. Carré de Montgeron, conseiller au Parlement de Paris, s'efforcera de démontrer les miracles de Saint-Médard en multipliant les certificats et les procès-verbaux. Son ouvrage, La vérité des miracles opérés à l'intercession de Pâris, lui vaudra de passer le reste de sa vie en forteresse. Sur le plan de l'identité convulsionnaire et de l'affirmation de leur foi, les amis de "l'Oeuvre de vérité" élèvent un culte à leurs plus grands affidés et leur attribuent des miracles qui sont parfois constatés médicalement. Ainsi, en 1735, une demoiselle Tamisier de Saint-Galmier est guérie d'un panaris par application des cheveux de Soanen. Cette quête de miracles continuera au XIXe siècle sur la tombe de Chavane, curé de la Tourette, mort en 1804, dont Dieu reconnaît la sainteté par une dizaine de miracles. De même, le vicaire de Jacquemont à Saint-Médard-en-Forez, Michel Martin, est un adepte de l'oeuvre surnaturelle des Convulsions et des Secours ; il suscite la proclamation du même volume de miracles. Son biographe, Jacquemont, décédé en 1835, est encore plus sollicité comme intercesseur ; une vingtaine de guérisons sont recensées à son sujet, juge Michel-Chantin. Quant à Popin, de son vivant, deux miracles peuvent être portés à son actif d'après Benoît Laurent et dès sa mort, le culte commence.

Faut-il voir dans ces miracles, se demandait l'historien Galley, "l'oeuvre de Belzébuth ou sont-ils accomplis avec la permission de Dieu ?". Duguet, pour sa part, entrevoyait l'intervention du diable dans toute l'oeuvre des convulsions. Dans son testament spirituel, Jacquemont interprète ces miracles comme l'annonce bénie de la fin de l'apostasie et l'avènement d'un nouveau messianisme, ce sont "les signes avant-coureurs de la réprobation de la gentilité, de la mission prochaine du saint prophète Elie, et de la conversion des juifs".

2 - Les secours apportés aux convulsionnaires : L'Oeuvre des convulsions nécessite des secours pour soulager les corps souffrants, saisis de tremblements et de contractions. Dès 1730, les spectateurs utilisent les petits secours, coups de bûche, étirements, pressions, stylets, bâtons pointus appelés sucres d'orge. A Saint-Galmier, le curé Arnaud-Tison doit démissionner en 1773, à la suite de coups portés à une personne atteinte de convulsions pour la délivrer. Très vite, avant 1740, on en vient à des secours plus violents, aux "grands secours" : transpercement avec des clous ou des épées, suspension de haut en bas et même crucifixion. La première crucifixion, dans la région, a lieu au printemps 1787 à Marcilly ; elle est l'oeuvre du curé Fialin sur sa servante "qui ne semble pas plus mal s'en porter". Mgr de Montazet révoque Fialin qui est remplacé par un prêtre janséniste, Javelle. La crucifixion la plus violente a lieu dans l'église de Fareins, dans les Dombes, en octobre 1787, devant une dizaine de témoins : Etiennette Thomasson est clouée par les mains au mur par les frères Bonjour. Le curé de la paroisse, François Bonjour, est expédié chez les moines de Tanlay, son frère Claude à Pont l'Ain.

La question qui vient spontanément à l'esprit consiste à se demander si ces convulsionnaires sont effectivement soulagés et dans quel état mental et spirituel ils sont plongés pour solliciter, supporter des "secours" d'une violence certaine. Plusieurs historiens soulignent que subir ces traitements était pour les convulsionnaires une manière de partager les persécutions de l'Eglise et faire oeuvre de vérité en résistant victorieusement, soutenus par la grâce efficace qui habite les élus. Aujourd'hui, au sujet de la relative insensibilité des secourus... ou des suppliciés, sans écarter comme Louis Cognet de nombreux cas de supercherie, on évoque à propos d'autres récits "de curieux phénomènes paranormaux". Galley, avec sa mentalité positiviste du XIXe siècle, parlait de "catalepsie, d'anesthésies, de manifestations névropathiques".

Que voulaient obtenir ces convulsionnaires ? Leur comportement prenait-il la forme d'un appel désespéré au ciel pour susciter une reconnaissance de leur cause ? C'est ce que pense Catherine Maire. Etait-ce une réaction extrême de protestation par rapport à la déchristianisation irréversible qui s'amorçait, comme le suggère Françoise Hildesheimer ? Dans "Le calendrier des Saints de l'Oeuvre de la Vérité" que donne Michel-Chantin en annexe de son ouvrage et qu'il a extrait du livre de piété des jansénistes de Saint-Victor, figure le 29 mars la fête de Gabrielle Moller, secouriste parisienne. Parmi tous les saints convulsionnaires et les saints de Dieu attachés à l'appel et à l'oeuvre des convulsions, son nom est invoqué "comme un instrument de pureté et un vase précieux de l'oeuvre admirable qu'opère" le Seigneur. Quelle que soit l'interprétation qu'on livre sur ce secourisme, celui-ci accrut les divisions entre jansénistes. Soanen et Colbert de Croissy, l'évêque appelant de Montpellier, sont réservés sur les grands secours. L'administration des secours provoque des dissidences nombreuses et la formation de petites sectes clandestines.

3 - Les visions des convulsionnaires. Les convulsions, guérissantes ou non, se doublent de visions, extatiques ou non. Après coup, ou même après la période plus ou moins longue de leur manifestation, elles sont transcrites par le convulsionnaire ou un affidé. Ainsi Krumenacker pense que le journal des visions d'Angélique Babet de 1777 à 1785 a été copié par le joséphiste Pierre Borelli. Selon Chretin-Brison, les livres saints des béguins renferment des extraits de la Bible, des chants religieux, des "manuscrits qui rassemblent des paroles de convulsionnaires et d'inspirés". Comme le souligne Y. Krumenacker à propos des visions de la soeur Marie, lues encore vers 1910 un siècle après sa mort, leur analyse demande une connaissance étendue des formules bibliques et liturgiques (soeur Marie est morte en 1835). Certaines de ces visions gardent leur part de mystère ou de subjectivité, même quand on connaît les clés du code (bonbon = Christ, pp = papa pour tel ou tel prêtre) : "Ma Religieuse dit qu'elle veut bien aller à Bonbon... mais elle veut pas y aller avec les Saints Evêques et avec Madame, parce qu'ils l'ont battue" (manuscrit janséniste de Saint-Victor-sur-Loire, 10 mai 1776). D'autres visions, tout en sécrétant leur part d'illuminisme, ne rompent pas, peut-on dire, le cordon ombilical avec le port-royalisme. Dans le même écrit, "l'invocation du 22 février 1776 (ou 1777 ?)" "La joie Sainte, où nous sommes à mon Dieu, des grâces que vous avez faites à notre Pasteur Pinel, ne peut être sanctifiée en nous, qu'en imitant ce Pontife dans l'exacte vertu de renoncer à nous-mêmes, et de nous abandonner à vous qui êtes la Seule vérité" doit être éclairée par les pensées dogmatiques du 1er août 1777 : "La vraie charité conduit à l'humilité du coeur, l'humilité conduit à l'anéantissement de soi-même. L'anéantissement de soi-même est une lumière qui nous fait connaître notre impuissance à tout bien ; et qu'il n'y a de puissance et de fond de sagesse et de lumière qu'en Dieu seul". Il ne faut jamais perdre de vue cet attachement au passé port-royaliste, comme nous y invite Michel-Chantin. La défense de la mémoire des grands ports-royalistes, Mère Angélique, Arnauld, Saint-Cyran, Jansénius se mêle au culte des appelants, Soanen, Colbert de Croissy, et des convulsionnaires ou visionnaires, Pâris, Pinel, soeur Angélique Babet, Gabrielle Moller, soeur Brigitte.

La plus célèbre de ces visionnaires est Angélique Babet qui, sous la direction de l'oratorien Michel Pinel, a été membre de l'Oeuvre des convulsions de 1734 à 1747. Pinel avait quitté son ordre pour propager l'Oeuvre dans la France ; il est passé dans la région. Poissy, enterré dans le tombeau des jansénistes, avait entouré soeur Marie-Isaac, convulsionnaire et visionnaire ; l'oratorien, selon Y. Krumenacker, recueillit ses visions, mais "ayant suivi le schisme des Constitutionnels" en 1790, il entraîna dans l'erreur sa pénitente. Après avoir vécu "dans l'oubli de Dieu", soeur Marie-Isaac fit réparation en public de ses errements. Fréquemment, ces visions s'accompagnaient de prophéties. Dans une de ses notes de bas de page, si bien fournies, Y. Krumenacker nous apprend qu'Anne Elizabeth Fronteau, dite soeur Holda, fille d'un tapissier parisien et morte en 1786, a prophétisé pendant quarante quatre-ans. Jacquemont se fit reprocher par un petit neveu d'avoir "donné en plein dans ses prophéties". La soeur Angélique Babet avait annoncé la sortie de Napoléon de l'île Sainte-Hélène. Religion et prédiction se côtoient ou même font un amalgame inattendu. Cet aspect visionnaire des convulsions sépare encore plus nettement les jansénistes. Jacquemont aura peu de relations avec le père Popin, d'obédience pinéliste.

4 - Les perspectives eschatologiques. Les historiens du jansénisme ont noté au XVIIIe siècle cette attente des derniers temps et du Jugement dernier. Les prophéties des soeurs ci-dessus sont plus ou moins eschatologiques. En 1792, François Bonjour, l'ancien curé de Fareins, s'enfuit à Paris avec sa servante et son amie, Claudine Dauphan, toutes les deux enceintes de lui. La première donne naissance à "Jean le Précurseur", la seconde à "Israël-Elie" le 18 août 1792. Dès lors, les disciples de François Bonjour, les Margouillistes, attendent la fin du monde en s'affranchissant des règles de la morale. En 1794, une centaine de personnes, surtout des femmes, partent de Saint-Jean-Bonnefonds en chantant des cantiques et des chants patriotiques. Organisés en "République du Saint-Esprit", elles veulent faire renaître la Jérusalem triomphante, mais sont arrêtées dans les bois de Saint-Genest-Malifaux, dans le Pilat. Ces deux événements mettent en lumière une interprétation plus ou moins littérale des Ecritures et surtout de l'Apocalypse : le prophète Elie doit venir préparer le second avènement du Messie (Matthieu XI, 14) et le règne de la Nouvelle Jérusalem promis par l'Apocalypse. En 1846, les Béguins de Saint-Jean-Bonnefonds connaîtront une sorte de "résurgence messianique" avec Digonnet, "le petit bon Dieu des béguins". Michel-Chantin avoue sa surprise d'avoir découvert que ces groupes jansénistes épars du XIXe et XXe siècles représentaient "l'ultime avatar d'un mouvement millénariste et apocalyptique né à partir des guérisons miraculeuses de 1727". L'étonnement des Stéphanois ne serait pas moindre en apprenant la toponymie du col de la République.

5 - La lecture de la Bible en français. Une dimension transversale, instrumentale sous-tend toute cette culture convulsionnaire : c'est la lecture de la Bible en langue vernaculaire. Rapportons-nous à un spécialiste, Bernard Chédozeau, pour connaître les différentes tendances qui se font jour dans l'église post-tridentine quant à cette opportunité. Dans le croissant baroque, de la péninsule ibérique à la Hongrie, on ne peut lire la Bible dans sa langue nationale, ce type de traductions est proscrit. Dans les pays de gallicanisme modéré, il est possible de lire la Bible dans la langue de son pays sous le contrôle du clergé. Enfin, pour les jansénistes de Port-Royal, pour Lemaistre de Sacy, pour Quesnel, l'on doit lire la Bible en français. L'accès de l'Ecriture Sainte à tous était le souci des jansénistes. Mais au XVIIIe siècle, l'Eglise de France se défiait encore, avec beaucoup d'insistance, des bibles protestantes et des ouvrages résolument jansénistes, comme le Nouveau Testament de Mons. Pourtant la Bible de Lemaistre de Sacy va s'imposer. Publiée en trente-deux volumes de 1672 à 1699, elle présente texte latin et texte français. Elle s'attache "à l'explication du sens littéral et du sens spirituel". Sacy insistait sur la valeur de ces écrits comme "parole créatrice", "comme parole vitale". François Bonjour et Jacquemont préconisaient la lecture de la bible en français. Les béguins semblent avoir pratiqué principalement la Bible de Sacy. Appréciée pour la beauté de sa langue, elle était éditée dans des petits formats qui répondaient plus à une lecture courante qu'à une lecture solennelle. Les jansénistes ont ainsi contribué, à leur manière, à la diffusion et à la connaissance de la Bible en langue vulgaire.

 

 

Tableau n° IX :

Un jansénisme national finissant - Un jansénisme régional relancé

Avec sa radicalisation par les pratiques convulsionnaires, avec la baisse du recrutement dans les ordres après 1750, avec la disparition de ses grandes figures, le jansénisme va s'étioler ou éclater en de multiples groupes dissidents. Soit ils se heurtent à des problèmes ecclésiologiques, d'autarcie spirituelle hors de l'Eglise romaine et ils sont souvent en fracture avec elle, soit ils se lancent, comme dit Taveneaux, "dans un prophétisme passionnel, assoiffé de martyrs et de miracles". Le dernier évêque appelant, Caylus, meurt en 1754. C'était l'évêque d'Auxerre ; les autres foyers jansénistes forts s'étaient développés à Paris, Nantes, Sens, Troyes, dans certains couvents de Provence (dominicains de Toulon, oratoriens de Pézenas, dominicains de Saint-Maximin). La querelle janséniste va aussi manquer de piment et de controverses avec la destitution des jésuites le 1er avril 1762 et leur expulsion de France. Rappelons que ces mêmes jésuites n'avaient pu s'établir à Saint-Etienne, après le succès de la mission qu'ils y avaient prêchée en 1711. Une partie de la bourgeoisie stéphanoise craignait que, par leur habileté politique, ils influent sur la conduite des commerces et des fabriques ; les religieux redoutent qu'ils détournent à leur avantage les dons et legs faits aux deux établissements de la ville, les minimes et les capucins. Dans une ville sans collège, personne ne songe à l'utilité éducative de leur entreprise.

Par contraste, pourrait-on dire, c'est vers 1770 que le jansénisme, en Lyonnais, y compris le Forez, prend tout son essor. Il s'implante d'abord avec une vigueur certaine dans les monts du Forez, à Saint-Georges-en-Couzan avec le curé Benoît Ville, "l'un des chefs les plus ardents de la secte", à Chalmazel avec le curé Guillot, à Palogneux avec Bertholon, ancien supérieur du séminaire janséniste Saint-Charles de Lyon, à Saint-Just-en-Bas avec Mr Perrin. Il se développe aussi vivement, même avec un meilleur impact sur les populations, dans le canton de Saint-Bonnet-le-Château avec le curé Chavane à La Tourette, avec le curé Brunel et son vicaire Charrereau à Marols, le curé Balleydier, dit Chevalier, à Saint-Jean-Soleymieux et le vicaire Vial. Le fonctionnement de petites écoles jansénisantes dans le secteur de Saint-Jean-Soleymieux, la présence de livres jansénistes à Marols en 1804 attestent de la pénétration de la doctrine de Jansénius. Les curés jansénistes sont des archétypes de rigueur morale et d'humilité, de piété et de prosélytisme doctrinal ; l'étude de Gérard Berger sur François Chavane met particulièrement en relief ces qualités qui facilitaient l'épanouissement autour de leur personne, puis de leur tombe d'un culte populaire. La même image du clergé janséniste ressort de la biographie de Jacquemont par Jacques Taveau. Au fil de l'exposé, vous avez pu constater que le jansénisme s'était étendu à Marcilly, à Saint-Médard, à Saint-Victor-sur-Loire, à Saint-Galmier, à Saint-Marcellin. Le Roannais comprenait aussi des groupes et des curés jansénistes : Chanteloc à Crémeaux, Fourneaux à Neulize. Une étude globale des implantations jansénistes en Forez supposerait une refonte de la géographie départementale de Benoît Laurent, elle nécessiterait une cartographie élaborée en fonction des flux, des évolutions, des tendances du jansénisme local. Benoît Laurent avait le mérite d'opérer déjà un tri entre les centres jansénistes, les centres de la Petite Eglise et les centres béguins.

Et les ordres religieux, en Forez, ont-ils résilié le jansénisme ? L'article de Dominique Julia et Wilem Frijhoff, "L'Oratoire et le jansénisme : l'Assemblée générale de 1746" nous donne des précieuses indications. Trois prêtres de Notre-Dame-de-Grâce signent l'acte de protestation contre l'injonction prévue durant cette assemblée de soumission à la Constitution Unigenitus ; le père Louis Batterel, appelant et réappelant, historien de l'Oratoire, prend une position encore plus hostile et refuse la députation à l'assemblée. Malgré la fermeture de son académie, Notre-Dame-de-Grâce continue à accueillir des prêtres jansénistes, en particulier en fin de vie, comme le père Pichard, prêtre réappelant de l'Oratoire qui vient y mourir en 1740. Plus intéressante encore est la venue sans retour d'Honoré Mercadier, fils d'un notaire d'Aix-en-Provence, signataire des appels de 1717 et 1721. Soutien actif de Soanen, il doit se contenter des quatre ordres mineurs reçus et demeure confrère pendant de longues années, nous apprennent D. Julia et W. Frijhoff. L'archevêque d'Aix refuse de lui conférer la prêtrise. Il se fera ordonner prêtre à 41 ans par Colbert de Croissy à Montpellier, émigrera dix ans en Hollande et viendra mourir le 23 décembre 1767 à Notre-Dame-de-Grâce. La présence de Jean-Auguste Michon, confrère janséniste originaire de Saint-Germain-Laval, est indiquée à Notre-Dame-de-Grâce, de 1780 à 1782, par Broutin. Les trois oratoriens inscrits sur le tombeau des jansénistes, Rocher, Poissy, Popin y exercent dans les années 1780-1790. Poissy a déjà fait une dizaine d'établissements, la vigueur de ses opinions jansénistes lui a coûté de nombreux déplacements. D. Julia et W. Frijhoff signalent dans les années 1730-1750 des noyaux de résistance à la bulle et citent des confrères (non prêtres) du centre qui appartiennent à des maisons proches : les confrères de Riom, d'Effiat, de Saint-Martin-de-Miséré et de Montbrison signent une lettre commune de protestation.

Diapos n° 18 et 19 - Les Ursulines de Montbrison (aujourd'hui collège Victor de Laprade - vue du cloître)

Les oratoriens étaient à quelques pas du couvent jansénisant des Ursulines dont vous voyez les bâtiments, puis le cloître intérieur. Une religieuse Fialin, soeur du curé crucificateur de Marcilly, a dirigé ce couvent. L'aumônier "de ce grand couvent de Sainte-Ursule (Rollet) propageait la même doctrine" juge Camille Latreille. Appelé en 1786 comme directeur de ces Ursulines, Rollet fut relevé rapidement de ses fonctions et fusillé aux Brotteaux en 1794.

Dix neuf réguliers ont été identifiés comme convulsionnaires dans le diocèse : neuf oratoriens dont six dans le Forez, sept dominicains, trois joséphistes. Popin, Poissy, Honoré Mercadier appartenaient sans doute à la première composante.

Diapo n° 20 - Le site des Visitandines de Montbrison

Diapo n° 21 - La chapelle des Visitandines (aujourd'hui Palais de Justice)

Les visitandines étaient, dans leur ensemble, opposées au jansénisme. Voisines aussi des oratoriens montbrisonnais, elles étaient fixées dans la paroisse Saint-Pierre dont nous parlerons. En France, plusieurs couvents de visitandines jouaient un rôle redresseur vers les bonnes voies de la spiritualité pour les religieuses égarées ou même de "paratonnerre", comme dit Mme Liogier, pour les religieuses tentées par le jansénisme.

Comme le phénomène convulsionnaire se prolongeait dans le Lyonnais, où il s'était déclenché avec un certain décalage, il attira des religieux isolés ou en rupture ecclésiale. Melchior de Forbins, ancien grand vicaire d'Aix saisi par le jansénisme, se lia aux milieux du Lyonnais et du Forez, notamment avec François Jacquemont. Il mourut privé de sacrements et de sépulture ecclésiastique. Le plus actif de ces transfuges fut peut-être Caffe, né à Chambéry en 1744, qui rétracte sa signature du formulaire en 1772 et entre chez les dominicains de Toulouse en 1785. Il vient prêcher le jubilé au Puy-en-Velay en 1787 (?) et visite, à cette occasion, les principaux foyers du Forez : Notre-Dame-de-Grâce, les oratoriens de Montbrison, le curé Jacquemont. Le groupe des quatre dominicains jansénistes que Mgr de Montazet appela à Lyon, les Pères Calais, Chaix, Caussanel, Lambert, se composait de provençaux dont Jean-Dominique Chaix, né à Brignoles en 1745 et entré chez les dominicains de Saint-Maximin attachés au jansénisme. Sans parler de tropisme lyonnais en matière de jansénisme, la région semble avoir entretenu avec la Provence quelques liens privilégiés. Michel-Chantin indique que ces relations se perpétuent avec les anticoncordataires grâce à leur autorité intellectuelle et à la médiation de laïcs, les de Bournissac, condisciples des Lyonnais dans les collèges d'oratoriens. Ainsi, dans ce climat et avec ce réseau relationnel, apprend-on sans surprise "la venue annuelle des Amis de Provence, pour la première communion des enfants ou faire leurs Pâques" (Michel-Chantin).

Ce jansénisme prolongé appelle, on l'a dit, une géographie précise de ses implantations, et conjointement une étude sociologique de ses adeptes. Michel-Chantin a au moins esquissé cette dernier recherche. Il souligne le caractère rural de son développement et son enracinement dans les couches de l'artisanat et du petit commerce, sans pouvoir dégager une dominante sociale ou professionnelle. Dans cette optique, on peut se demander si les sphères des notables, noblesse comprise, ont été touchées comme dans le cas du jansénisme théologique de Port-Royal et de Paris. En Forez, deux grandes familles jansénistes sont bien connues. D'abord, à Boën où naquirent Popin et Jacquemont, les De Punctis. Déjà, B. Laurent considérait que "le plus important des foyers jansénistes convulsionnaires (avait été), sans conteste, celui de Mademoiselle de Boën". Les De Punctis "seigneurs de Boën par héritage depuis 1750", précise Galley, entretenaient des relations avec les jansénistes convulsionnaires. Mademoiselle de Punctis eut à son service Claudine Dauphan, la future mère d'Elie. A Lyon, elle devint "le centre de ce petit monde composé de Foréziens, Lyonnais, Dombistes". Ses relations avec le laïc Desfours de la Genetière étaient naturelles dans la mesure où ce janséniste engagé assurait le lien entre les différents groupes du Forez, de la Dombes, du Beaujolais, du Mâconnais et du Dauphiné. Retirée à Saint-Médard pendant la Révolution, Madame de Punctis prête assistance à Jacquemont. Plus tardivement, un autre milieu noble janséniste, les Gonyn de Lurieu de la Rivoire organisent un lieu de rencontre et de protection pour les partisans de l'Oeuvre. Dans le château de la Merlée sur les bords de la Loire, à Saint-Just-sur-Loire, Madame Gonyn de la Rivoire établit, d'après les sources de B. Laurent, "une sorte d'hostellerie pour les Amis de la Vérité disséminés dans le voisinage". Jacquemont, déchargé de cure, y fit de longs et fréquents séjours. D'autres notables foréziens ont-ils succombé au jansénisme à une époque ou à une autre ?

Diapo n° 22 - La nouvelle église Saint-Pierre à Montbrison

L'église de la paroisse Saint-Pierre a été reconstruite dans les années 1870 avec une orientation différente. Saint-Pierre, au nord de la ville, était bien plus petite et desservait les quartiers que l'on qualifiait d'aristocratiques. La paroisse d'Ancien Régime concentrait les pouvoirs administratifs et judiciaires, comme l'a démontré Joseph Barou. Pour notre part, nous avons exposé la donation d'ouvrages essentiellement jansénistes passée devant notaire le 20 décembre 1744 par un clerc tonsuré, Jean-Baptiste Poncet. Cette bibliothèque (141 ouvrages, 411 volumes) est marquée par le jansénisme modéré de Duguet et de Nicole, la force du courant augustinien, les publications de Sacy. Curieusement alors que l'archevêque, Mgr de Tencin, menace les appelants de damnation, Jean-Baptiste Poncet qui demeurera sans doute par prudence clerc tonsuré toute sa vie, fait cette donation en faveur des paroissiens de Saint-Pierre. Nous avons essayé de montrer que ce public de lecteurs, vraisemblablement réceptif, cherchait dans le jansénisme une sorte de repli identitaire, une distinction socialement régénératrice pour l'ancienne noblesse, une confirmation de l'éducation austère qu'ils avaient reçue au collège oratorien tout proche.

 

 

Tableau n° X :

Le jansénisme forézien à l'épreuve de la Révolution et du Concordat

Ce jansénisme, pérennisé en quelque sorte, va traverser les révolutions politiques et religieuses de la charnière XVIIIe - XIXe siècles, et s'efforcer d'affirmer dans les épreuves sa force doctrinale en gardant sa confiance dans l'Oeuvre de Vérité. Aucune liste générale des prêtres jureurs ou assermentés en Rhône-et-Loire n'existe. Pour le district de Saint-Etienne, Galley donne, pour la fin mars 1792, 71 % d'assermentés. Claude Latta, à la suite de Colin-Lucas, indique pour la Loire (période 1795-1801) une Eglise constitutionnelle composée de 131 membres et regroupée autour de Perrin, le curé janséniste de Saint-Just-en-Bas. Le Tableau des prêtres du diocèse de Lyon (1er vendémiaire 1802) établi par le vicaire général de Lyon, Courbon, a permis à Joseph Camelin de repérer comme membres de l'Eglise constitutionnelle la majorité des prêtres jansénistes. Plus exactement, dans un premier temps, ceux-ci adhèrent à la Constitution civile du clergé du 12 juillet 1790, persuadés que l'évolution de l'Eglise avant la Révolution était néfaste et qu'un nouveau régime pourrait restaurer une religion authentique comme dans les premiers siècles. Les curés ou vicaires Jacquemont, Brunel, Balleydier, Chavane, Charreireau, Vial, Germain dont nous avons parlé, sont favorables à la Constitution civile. Quatre prêtres de la Grand'Eglise de Saint-Etienne, d'inclination janséniste, le curé Saunier du Lac qui démissionnera par la suite, Bodet, Louis Blachon, Peurière, futur curé de Saint-Ennemond, prêtent le serment de même que Jean-Jacques Drevet, curé de Saint-Jean-Bonnefonds, l'organisateur des béguins. Courbon signale aussi, comme "janséniste zélé", André Meynier, ancien dominicain et aumônier des dames de Sainte-Catherine de Saint-Etienne. Certains autres jansénistes, comme Lagier, ancien dirigeant, semble-t-il, de la secte des Crucifiants dans le Roannais, devenu professeur de l'Ecole centrale, bénéficient de promotions. Dans un second temps, des figures emblématiques du jansénisme rétractent leur serment : le curé Germain, dépité par les attaques portées contre la religion, Jacquemont, ulcéré par l'exécution de son ancien vicaire, Rollet, et pendant un temps en rupture de communication avec les Constitutionnels.

L'attitude des jansénistes vis-à-vis du Concordat de 1801 est plus ambivalente. La plupart vont le repousser et refuser de signer le formulaire d'adhésion pour des raisons diverses. Popin et Poissy sont les seuls républicains de ce clergé. Les autres prêtres anticoncordataires dans le tableau de l'an XII présenté par B. Laurent-Balleydier, Charreireau, Brunel, Chavane, Michon et deux anciens dominicains du Chambon, Heurtier et Faure, sont légitimistes avant l'heure ou surtout hostiles à toute réorganisation religieuse et politique de l'Eglise. De plus, Chavane voit sa paroisse de La Tourette rattachée à Saint-Bonnet-le-Château - le Concordat a ramené les diocèses de 135 environ à 60 - et son église pillée sur l'ordre du curé de Saint-Bonnet. Au début du XIXe siècle, la ligne de clivage ne passe pas en fait par l'acception ou le refus du Concordat. Les prêtres ci-dessus ne peuvent accepter le nouveau mode de nomination des évêques, l'irrévocabilité de la vente des biens ecclésiastiques, la destruction de l'ancienne église gallicane. Jacquemont qui s'est rallié au Concordat par esprit de pacification religieuse est proche d'eux. Il considère que le Pape a excédé ses pouvoirs par le Concordat de 1801 et "défend le jansénisme gallican contre l'ultramontanisme antirévolutionnaire", souligne F. Krumenacker. Jacquemont s'opposera cependant au curé Germain sur le Concordat, puis à ses amis lyonnais anticoncordataires. C. Latreille l'a montré : les adversaires se battront de longues années à coups de miracles et de mémoires. Les divisions entre les défenseurs de l'Oeuvre s'étaient une fois de plus avivées.

Après le Concordat signé le 15 juillet 1801, Mgr Fesch est nommé à Lyon le 5 décembre 1802 et il va remettre de l'ordre dans le diocèse, secondé par le vicaire général Courbon. D'emblée, il recueille les adhésions au Concordat. Rapidement un rapport des vicaires généraux Courbon et Renaud en date du 7 octobre 1803 dénonce les menées des anticoncordataires. Popin et Poissy, après la fermeture de Notre-Dame-de-Grâce, se sont retrouvés à Saint-Galmier en 1802. Ils y exercent encore des fonctions sacerdotales. Une jeune fille, percluse, baise le vêtement du père Popin pendant une procession de la Fête-Dieu et peut ensuite marcher jusqu'à l'Eglise. Les adversaires des deux anciens oratoriens saisissent l'Archevêché. Le climat s'alourdit encore à Saint-Galmier avec les affrontements des ursulines et des Pères de la Foi. Finalement, à la suite d'une crucifixion, par un prêtre convulsionnaire dans les monts du Forez, Popin, Poissy, Chavane, Brunel et Balleydier sont arrêtés. Ils sont accusés d'avoir refusé la signature de la formule d'adhésion au Concordat, de tenir des assemblées secrètes et déclarés "jansénistes fanatiques" par Courbon. Emprisonnés à Montbrison en novembre 1803, ils ne seront libérés qu'en août 1804.

Popin et Poissy, laissés sans emploi sacerdotal, devaient encore unir leurs destinées. Ils fonderont un pensionnat pour la jeunesse, rue Tarentaize, dans un immeuble qui appartenait à Antoine Blachon. Ils ouvrent "une classe de jeunes gens" où le père Popin affirme son amour de l'enfance. Le dimanche, les ouvrages du père Poissy, comme les Nouvelles ecclésiastiques et la Bible de Sacy, sont consultés par les visiteurs ou prêtés. Les responsables de l'établissement, dit "Maison des Jansénistes", accueillaient en effet des personnes de Saint-Etienne, de Saint-Galmier, Marols et La Tourette. Le groupe est organisé en communauté de vie spirituelle ; le soir, sont lus les ouvrages port-royalistes conservés dans une immense bibliothèque. Le millier de volumes d'ordre théologique qu'elle contient sera cédé à la ville en 1869 par la volonté de Monsieur Pierre Buisson, dernier survivant en 1848 avec Philibert Déromas de la Maison. Cette donation ne représentait probablement qu'une fraction "de la collection considérable de livres qui composaient la bibliothèque du collège Notre Dame de Grâces".

Ce jansénisme populaire, soutenu par les curés partisans de l'Oeuvre des convulsions, subira une ultime épreuve, celle du refus de sacrements aux appelants. Cette privation était entraînée par l'exigence de billets de confession qui témoignaient de l'acceptation de la bulle Unigenitus. Monique Cottret a montré comment les jansénistes, à nouveau humiliés par ces refus, apparaissaient comme des victimes. Le scandale des billets de confession qui atteint à Paris son paroxysme entre 1749 et 1754, se développera dans le Forez avec le décalage habituel, dans les années 1810-1820. Il est patent dans les paroisses où les curés restaurateurs de l'orthodoxie relèvent des curés jansénistes. A Saint-Bonnet-le-Château, le curé Rousset exige à la table de communion des billets de confession (1814) ; Gruffard, curé de Saint-Galmier, ne donne les sacrements que si l'on condamne Jansénius et Quesnel (1808). Grivel, desservant d'Aveizieux, puis son successeur Bochut, demandent de renier Jacquemont et sont l'objet de plaintes (1808 et 1813). Les mêmes prêtres, en général, pratiquent le refus des derniers sacrements et, dans sa suite, celui de la sépulture ecclésiastique. Jacquemont, en 1831, avance que plus de soixante de ses anciens paroissiens ont été exclus de l'Eglise par son successeur Barou. Jacquemont en 1835 et Madame de la Rivoire, en 1820, seront privés de sépulture ecclésiastique. Le corps de Jacquemont restera à la porte de l'église de Saint-Médard ; toutefois, le curé janséniste Peurière prononcera l'éloge funèbre de la seconde comme il assistera plusieurs pensionnaires de la Maison des Jansénistes. Le curé de La Tourette, Chavane, instruit par les oratoriens de Notre Dame de Grâce sur les ouvrages de Port-Royal et de Duguet, et si aimé de ses paroissiens, refuse devant le curé de Rousset de changer de sentiments sur le formulaire et sur la bulle. Brunel, Charreireau et Poissy se substituent au curé Rousset pour lui accorder les derniers sacrements en 1804.

Le tableau final du jansénisme se déduit de l'exposé de ces refus ecclésiaux, et des querelles internes sur l'Oeuvre des convulsions, sur l'efficacité du Concordat et les voies de rétablissement d'une Eglise proche des premiers temps apostoliques. Non seulement, les forces jansénistes se fragmentent, l'unité de pensée sur les manifestations de la volonté divine et l'attente des derniers temps se disloque au gré des condamnations théologiques et des sanctions sacramentaires, mais surtout l'éloignement de fait de l'Eglise officielle, visible, de sa liturgie propre, de ses desservants, de ses sources doctrinales a durement appauvri le mouvement de Jansénius. B. Laurent et Michel-Chantin ont exploré en partie ces multiples sociétés jansénistes, Margouillistes, Bleus de Charlieu, Béguins, Pinélistes... qui s'ignorent tout en se rejoignant parfois dans leurs attentes et leurs rites. Tout au moins, le jansénisme ultime s'est réfugié dans la célébration en privé du culte, dans des réunions de prières où la lecture de la Bible et de témoignages de convulsionnaires et les cantiques gallicans ont une place déterminante. Mais des ferments de foi en la grâce et la prédestination unissent encore les derniers descendants de Port-Royal. Le sentiment janséniste s'est principalement enfermé dans l'intimité des consciences et la proximité des relations familiales. Récemment une jeune femme m'a été adressée pour obtenir des explications sur l'irréversibilité de l'attachement au jansénisme de son père mort en 1990 dans la région de Chalmazel, et sur l'effroi obsessionnel de sa grand-mère pour son image corporelle. Fallait-il reprendre la longue genèse du jansénisme en Forez déclinée ici ou simplement lui rappeler le credo de Jacquemont : "Faites que je meure tous les jours au monde et à moi-même, que je regarde mon corps comme une prison, la terre comme un lieu d'exil et le ciel comme ma patrie". Du temps de Benoît Laurent, il restait du jansénisme des attaches, des sympathies et l'appréhension de la communion fréquente.

Diapos n° 23 - 24 - 25 - 26 : Le Tombeau des jansénistes

Aujourd'hui, dans notre ville, demeure le culte du père Popin pratiqué lors de toute institution, tourné vers des attentes pragmatiques, réussite familiale, décrochement d'un emploi, allégement du surendettement, mais aussi l'espoir de guérison, la résolution de problèmes de santé, comme peut en contenir le papier que vous apercevez sur la dernière diapositive. L'intercession passe toujours par la religiosité populaire au moyen de cierges de dévotion, d'une statuaire mariale naïve, d'ex-voto.

 

Conclusion

Le jansénisme en Forez a plusieurs histoires entremêlées qui parfois se télescopent, se contredisent même en apparence. L'irrationnel de la religion côtoie l'augustinisme le plus raffiné. Cette évolution demeure dominée par le débat théologique et port-royaliste, ou par son souvenir, sur la grâce et la prédestination. Les cantiques funéraires béguins rappellent l'austérité de la vie sur terre mais aussi la toute puissance de Dieu et le bonheur éternel des élus. Défait sur le terrain doctrinal, le jansénisme va s'affirmer sur le plan moral par l'ascèse de vie de ses apôtres, de ses sectateurs et par un style de spiritualité qui voulait restaurer les valeurs de l'Eglise primitive. Dans l'histoire des religions, il a illustré un temps fort pour la revendication du droit de libre examen et de la liberté de conscience et il a inauguré la quête du salut individuel après le règne de la mystique d'appartenance au corps de l'Eglise universelle.

 

 

SOURCES

 

1 - Sources manuscrites :

Archives départementales de la Loire :

. Série M - 1M439 - Affaire Digonnet, secte des Béguins 1846-1852

. Fonds Chaleyer, manuscrits - n° 577 - Saint-Victor-sur-Loire : manuscrits jansénistes

Bibliothèque municipale de Saint-Etienne :

. Mémoire instructif concernant l'Académie de Notre-Dame de Grâces en Forest, dont on fera l'ouverture à Pâques de l'année 1760, Lyon, 1760

. Ms n° 80 - Antoine Thiollière : Histoire de la ville et de l'église paroissiale de Saint-Etienne en Forez, 1791, 732 pages

. Ms n° 140 - Jacques Taveau : Vie de M. François Jacquemont, curé de Saint-Médard-en-Forez, suivie d'un essai et étude historique sur la vie et les écrits de Maître Jacques-Joseph Duguet, de Montbrison, 1868.

Société archéologique et historique de la Diana :

. Thèses théologiques soutenues le 27 juillet 1786 par Jean-Baptiste François Bennevent, clerc tonsuré de la ville de Saint-Etienne-en-Fores. - Lyon : Delamollière, 1786.

Archives départementales du Rhône :

. 1G47 : Visites pastorales du diocèse de Lyon, 1613-1614.

Bibliothèque municipale de Lyon :

. Les Nouvelles ecclésiastiques de 1728 à 1760 et Table raisonnée et alphabétique, tome I.

. Cote 363391 - Pierre Crespe : Notion de l'Oeuvre des convulsions et des secours par rapport à ce qu'elle est dans nos provinces du Lyonnais, Forez, Mâconnais. - Lyon, 1788.

2 - Sources imprimées :

Bibliothèque nationale de France :

. L3d 147 - Jean Baptiste Gautier : La vie et les lettres de Messire J. Soanen. - Cologne, 1790 - 2 vol. ; 4°.

. L4d1884 - Madame Duguet-Mol : Journal historique des convulsions du temps. - s.l., s. d. <24 juin 1733>.

Bibliothèque municipale de Lyon :

. Mandement de Monseigneur l'Archevêque de Lyon au sujet de la Constitution Unigenitus. - Lyon : Pierre Valfray, 1718.

Bibliothèque municipale de Saint-Etienne :

. Camelin, Joseph : Les prêtres de la Révolution. Répertoire officiel du clergé schismatique de Rhône-et-Loïre (Avril 1791 - Octobre 1793). - Société des bibliophiles lyonnais, 1944.

BIBLIOGRAPHIE

1 - Ouvrages généraux :

. Cognet, Louis : Le jansénisme. - P.U.F., Que sais-je ? n° 960, 1991.

. Cottret, Monique : Jansénisme et lumières. - Albin Michel, 1998.

. Delumeau, Jean : Le catholicisme entre Luther et Voltaire. - Paris : P.U.F., 1977.

. Hildeheismer, Françoise : Le jansénisme en France au XVIIe et XVIIIe siècles. - Publisud, 1994.

. Le Roy Ladurie : Saint-Simon ou le système de la Cour. - Paris : Fayard, 1997.

. Maire, Catherine : De la cause de Dieu à la cause de la Nation. - Gallimard, 1998.

. Jansénisme et Révolution. - Chroniques de Port-Royal, Bibliothèque Mazarine, 1990.

2 - Ouvrages sur le jansénisme dans la région :

. Broutin, Auguste : Notice historique sur les Oratoriens de Notre Dame de Grâces et les ermites du Val-Jésus. - Lyon, 1871.

. Vanel, Jean-Baptiste : Les débuts oratoriens de Massillon à Lyon. - Lyon : Mougin-Rusand, 1886.

. Abbé J. Prajoux : Notes et documents sur Chambles. - Saint-Etienne, Chevalier, 1897.

. Galley, Jean-Baptiste : Saint-Etienne et son district pendant la Révolution. - Saint-Etienne, 1905, tome I.

. Latreille, Camille : La petite Eglise de Lyon. - 1910.

. Signeurin, Charles : Histoire de Notre-Dame de Grangent. - 1924.

. Benoît, Laurent : L'Eglise janséniste du Forez. - Saint-Etienne, 1942.

. Benoît, Laurent : En Forez, les Béguins. - Saint-Etienne, 1944.

. Michel-Chantin, Jean-Pierre : Les Amis de l'Oeuvre de la Vérité. Jansénisme, miracles et fin du monde au XIXe siècle. - Presses Universitaires de Lyon, 1998.

Krumenacker, Yves : Du jansénisme à la secte. Vie de Monsieur Claude Germain, curé de Lacenas (1750-1831). - Publisud, 1998.

3 - Articles sur le clergé et le jansénisme en Forez :

. Aventurier, Gérard : Bibliothèques religieuses et jansénisme en Forez dans "Bulletin de La Diana", tome LIV, n° 6, 1995.

. Aventurier, Gérard : Naissance du jansénisme en Forez : du couvent au presbytère dans "Bulletin de La Diana", tome LVI, n° 2, 2ème trimestre 1997.

. Aventurier, Gérard et Grange, Marie : Une donation d'ouvrages jansénistes en 1744 à une paroisse de Montbrison dans" Bulletin de La Diana", tome LVII, n° 2, 1998.

. Berger, Gérard : Jansénisme, intolérance et raison d'Etat : regards sur l'apostolat de François Chavane, curé de La Tourette (1749-1804) dans "Bulletin du Centre d'Histoire régionale", Université de Saint-Etienne, 1993-1994, pp. 39-56.

. Boy, Charles : La Maison des Jansénistes dans "Le Mémorial", 3 décembre 1920.

. Brun, Jean-M. : De l'observance à la dissidence : le couvent des "grandes Ursules" à Montbrison dans "Etudes d'Histoire", Centre de recherche historique de l'Université de Saint-Etienne, 1997, pp. 33-61.

. Chretin-Brison, Lucien : Le Béguinisme.

. El Hadjé Kervévan, Centre André Latreille, Lyon III : L'état moral du clergé Forézien vers 1650-1789 dans "Religion et Société" sous la direction de Jean-Pierre Guitton, Presses Universitaires de Lyon, 1985.

. Gadille, Jacques : Le Jansénisme populaire : Ses prolongements au XIXe siècle : le cas du Forez dans "Etudes Foréziennes, vol. VII, Centre d'Etudes Foréziennes, Saint-Etienne, 1975, pp. 157-167.

. Maurel-Segara, Franck : L'Académie des oratoriens de Notre-Dame-de-Grâces-en Forest dans "XVII et XVIII en Forez (1660-1770)", Liger, 1992.

. Michel-Chantin, Jean-Pierre : Culture populaire et mémoire sélective : le "Tombeau des Jansénistes" à Saint-Etienne dans "Cahiers d'Histoire" des Universités de Lyon, Saint-Etienne, Grenoble, Chambéry, tome XLI, n° 4, 1996.

. Rostagnat, M. L. : Les visites pastorales de Mgr Camille de Neufville dans le diocèse de Lyon au XVIIe siècle dans "Cahiers d'Histoire locale", tome V, 1960-1961.

. Abbé Vanel, J. B. : Une entreprise funèbre de thaumaturgie populaire dans "Bulletin historique du Diocèse de Lyon", 1924 et 1925.

Bulletin des Amis du Vieux Saint-Etienne :

. Combe Jean : ... où vous verrez le petit Bon Dieu des Béguins faire son entrée à Saint-Jean Bonnefonds dans "Bulletin du Vieux Saint-Etienne", 1967, n° 67, pp. 9-11.

. Combe, Jean : La Croisade manquée des Béguins au Mont Pilat (Brumaire An III) dans "Bulletin du Vieux Saint-Etienne", 1976, ,° 104, pp. 90-94.

. Patrimoine : Le tombeau des jansénistes au Crêt de Roch dans "Bulletin du Vieux Saint-Etienne", 1997, n° 186, pp. 61-62.

A paraître : Aventurier, Gérard : Saint-Etienne : un barrage contre le jansénisme de la plaine dans "Bulletin du Vieux Saint-Etienne", 1999.

 

© BR/AVSE – 08/1999

MISE A JOUR : 05.08.1999 - corrigé le 07.10.99/18.01.2000 - 14.087.2002

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